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Trois trucs simples pour donner vie à votre monde

Nombre de scénarios se déroulent dans des univers imaginaires. Univers qu’il faut transmettre aux joueurs et qu’il faut rendre, sinon réalistes, au moins vraisemblables. Les rendre « vivants » pour qu’ils ne soient pas un simple décor en carton-pâte. Ce n’est pas toujours simple. D’autant que le MJ a déjà tellement de choses à faire que c’est facile d’oublier de donner vie à l’univers. Alors voici trois trucs très simples à mettre en place.

1. Les PNJ posent des questions

gnollOn a l’habitude de transmettre des informations par la bouche des PNJ. Mais on le fait souvent à la forme affirmative : « des gnolls attaquent des convois commerciaux sur la route du nord ». Or, dans un univers médiéval-fantastique, les PNJ lambda, les villageois, les gardes d’une ville, l’aubergiste et ses clients, etc. n’ont pas accès à Twitter pour obtenir des informations de contrées lointaines. Pour cela, ils s’en remettent aux voyageurs, et particulièrement aux aventuriers. Ça leur donne une motivation toute faite pour adresser la parole à votre groupe : ils veulent avoir des nouvelles des contrées qu’ils ont traversées, des villes où ils ont fait étape, etc. Vous pouvez donc facilement transmettre des informations aux joueurs en leur posant des questions : « qu’en est-il des attaques de gnolls sur la route du nord ? Le Prince Aberon a-t-il réglé le problème ? J’ai entendu qu’il avait été blessé ». Bang, trois infos en une : des gnolls attaquent des convois, il y a un Prince qui s’appelle Aberon, et en plus il est blessé. Ça n’a peut-être aucun rapport avec votre campagne (ou peut-être que si), mais votre monde n’en paraît que plus vrai, plus vivant. Si les quelques PNJ que votre groupe rencontre font de même, vous pourrez glisser pas mal d’infos aux joueurs. Certaines d’entre elles pourront avoir un lien avec la suite de l’histoire, les autres n’étant là que pour faire vivre le décor. Dans une campagne de type bac à sable, ça peut même titiller la curiosité des joueurs qui décideront que ce bon Prince Aberon doit avoir besoin d’aide pour chasser les gnolls…

2. Les rencontres aléatoires au futur antérieur (titre pas génial)

Les rencontres aléatoires sont un bon outil pour rendre le monde vivant. Elles font passer l’information que le monde est dangereux, elles donnent des pistes sur le type d’environnement que le groupe traverse, etc. Mais rien ne vous oblige à décider que parce que la table de rencontre mentionne un monstre, un groupe de tels monstres approche. Les PJ peuvent découvrir des traces, les restes d’un bivouac, les stigmates d’un combat précédent, etc. Ainsi, en vous économisant un combat, vous faites tout de même passer l’information. Imaginez, vos PJ progressent dans un région infestée de gnolls. La table des rencontres pourrait d’abord indiquer des hyènes puis une patrouille de gnolls. Puis une seconde. Et tant qu’on y est une troisième. Ça nous fait quatre combats. Même si vous êtes une bête pour faire des combats excitants, ça risque tout de même d’être répétitif. Décidez simplement que les PJ tombent sur les restes d’un repas, un chariot renversé et les carcasses des commerçants becquetées par des dents aiguisées donnent la même information, sans devoir encore perdre 40 minutes dans un combat qui ne fait pas avancer l’histoire.

3. Arrêtez les rencontres équilibrées

Les rencontres équilibrées, c’est tellement années 2000. Comment voulez-vous que vos joueurs trouvent votre monde vraisemblable si à chaque combat ils savent que statistiquement, sauf incident, malchance ou bêtise crasse, ils s’en sortiront en ayant du batailler, certes, mais sans grand mal. Après combien de combats vont-ils commencer à se dire « on peut y aller, de toute façon le MJ fait en sorte que la rencontre soit équilibrée ». Pensez plutôt votre rencontre comme quelque chose qui est logique, au sens de l’histoire. Si c’est normal qu’il y ait 45 gnolls dans l’antre principal du clan, alors qu’avec leur niveau, ils ne pourraient en affronter qu’une dizaine, ainsi soit-il. Cela forcera les joueurs a évaluer leurs options, à bien réfléchir avant de foncer dans le tas, et à trouver une autre tactique (faire diversion, attendre que les guerriers partent pour un pillage, etc.)

Ça marche dans l’autre sens aussi. S’il est vraisemblable que, puisque tous les gnolls sont partis à la bataille, il n’en reste que deux pour surveiller leur antre, alors qu’il en soit ainsi. Le combat sera facile, expédié en un round sans doute, mais votre monde en paraîtra plus vraisemblable. Et puis ça ne fait pas de mal aux joueurs de parfois se sentir puissants. Avec des rencontres équilibrées, ils deviennent plus fort en montant de niveau, mais la difficulté des rencontres augmentant en parallèle, le sentiment de puissance est atténué.

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Voilà trois trucs simples pour rendre un monde plus vivant. N’hésitez pas à partager si vous en avez d’autres…

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Les 10 commandements des combats vitaminés

tavern brawlC’est un problème fréquent dans les combats : on se concentre sur les règles, la technique prend le pas sur l’imaginaire, et la tension dramatique en souffre. Si nous avons déjà parlé de l’importance des enjeux dans un combat, d’autres astuces peuvent nous aider à rendre les affrontements plus stressants. Voici les 10 commandements du MJ pour dynamiser les bastons et rendre les choses plus excitantes. L’article est orienté D&D, mais vous pourriez en retirer quelque chose pour tous les jeux.

1 : les dés à la vue de tous tu lanceras

Les joueurs font quelques mauvais jets, quelques mauvais choix tactiques, et vous voilà obligé de tricher derrière votre écran pour ne pas massacrer tout le monde. OK, ça peut marcher une fois. Mais les joueurs, s’ils sont un tant soit peu attentifs, vont bien finir par se rendre compte que dès que les trois quarts des personnages n’ont plus qu’une poignée de points de vie, comme par magie les adversaires ratent beaucoup plus d’attaques.

La parade est simple: lancez les dés devant tout le monde. À chaque combat.

Quelques précautions. D’abord, informez vos joueurs que vous allez changer de façon de faire. Il ne faudrait pas qu’ils soient surpris. Expliquez-leur aussi pourquoi vous le faites, et les conséquences que ça pourrait avoir sur la longévité de leur personnage. Commencez par un combat plutôt facile pour éviter de prendre vos joueurs par surprise. En effet, s’ils se sentent en danger parce que vous ne pourrez plus tricher, il leur faudra être plus attentifs à leur tactique. Pour certains ce sera immédiat, pour d’autres il leur faudra un temps d’adaptation, alors autant commencer par un combat où leurs erreurs ne se payent pas cash. Mais ensuite, lâchez-vous. Vous vous rendrez compte que les joueurs seront soudainement très impliqués et victimes de sueurs froides quand vous saisirez votre d20 pour effectuer une attaque sur leur personnage qui n’a plus que 10 points de vie.

2 : Vite, tu joueras

Image associéeC’est un combat. Une scène d’action. On s’échange des coups d’épée, les boules de feu explosent, les lances se brisent sur les boucliers, les cris retentissent, on souffre, on est bourré d’adrénaline, on veut la peau de son adversaire… Mais souvent le combat est aussi vif qu’un tour de jeu au Monopoly. On réfléchit 30 secondes pour savoir comment chaque orc va se déplacer, on bouge les figurines en comptant méticuleusement pour éviter de se tromper, et puis on passe à la phase d’attaque.

Stop, arrêtez ! C’est un combat qu’on vous dit.  Jouez vite ! Tant pis si votre orc ne fait pas le choix tactique le plus adéquat, tant pis s’il a bougé de cinq cases au lieu de six (ou même sept, et si un joueur vous le reproche, dites-lui qu’on s’en fout et tapez sur son perso en premier), tant pis si votre motif hypnotique n’englobe que trois adversaires alors qu’il y avait moyen d’en choper quatre. Après tout, vous imaginez le magicien avec sa chaîne d’arpenteur qui mesure au centimètre près pour s’assurer que son sort est placé de manière optimale ? Faut que ça gicle, quoi, allez, hop hop hop et au suivant.

3 : Vite, tes joueurs joueront

Corolaire au point précédent, exigez de vos joueurs qu’ils jouent vite. Certains sont eux aussi particulièrement méticuleux. Poussez-les pour qu’ils accélèrent. La première chose à leur inculquer c’est qu’ils réfléchissent à leurs options pendant le tour des autres. S’ils veulent lancer un sort ou utiliser une capacité, qu’ils vérifient leur feuille de perso, passent leurs options en revue et compulsent le bouquin de règles pendant que les autres jouent. Certains MJ utilisent un sablier ou comptent tout haut pour forcer les joueurs à agir vite. Pourquoi pas ? Certains joueurs vont trouver ça abusif, à vous de voir ce qui peut fonctionner sans ruiner la bonne ambiance à table. Et puis ne soyez pas un emmerdeur : ne chicanez pas pour un mètre de déplacement…

4 : Avec panache tu agiras

On compte les cases de déplacements et on annonce platement « 3 gobelins attaquent Agarorn, 2 attaquent Pinpipin, et Robomir et Drofon subissent chacun une attaque ». Putain, on s’emmeeeeeerde ! Allez, quoi, un petit effort ! Ça vous coûte quoi que des gobelins prennent de l’élan, s’accrochent à des branches basses et passent au-dessus de la tête de Robomir et Drofon pour complètement encercler Agarorn ? Faites-leur faire un test d’acrobatie (devant tout le monde). Ceux qui réussissent vont faire flipper le joueur d’Agarorn, ceux qui se vautrent sont parfaitement dans le ton des gobelins : impétueux, vicieux, mais un peu maladroits et drôles.

Ici aussi ça marche dans les deux sens, mais ça fonctionne en général tout seul : si vous faites des actions comme ça avec vos PNJ, vos joueurs se sentent encouragés eux aussi à se la jouer cinématique. Tout bénèf pour tout le monde… Sauf que ça ne marque que si vous appliquez le point 5 (et ça tombe bien, c’est le suivant).

5 : Au décor de l’attention tu apporteras

Pour que les gobelins s’accrochent aux branches, il faut des branches. C’est con, mais si votre décor ne comprend aucun élément intéressant, comment voulez-vous vous en servir ? Et comment voulez-vous que les joueurs se les approprient à leur tour ? Même une forêt ça se décrit : il y a des grands arbres, des petits, des ruisseaux, des flaques de boue, des zones bourrées de champignons qui dégagent des spores toxiques, une liane chasseresse qui n’attend qu’un malchanceux pour le choper à la gorge, un ancien dolmen instable, etc. Certains endroits rendent les déplacements difficiles. D’autres permettent d’obtenir un avantage. Un bon décor offre des possibilités à tout le monde de rendre la scène plus épique. Il permet d’éviter la routine « jet d’attaque, jet de dégâts, au suivant » tellement chiante autour d’une table. Imaginez : le magicien contrôle le champ de bataille en forçant les ennemis à traverser le ruisseau ou à s’embourber, c’est bien plus intéressant qu’un projectile magique, non ?

Le décor c’est aussi la luminosité, la pluie, le vent, un son étrange, un détail épique, une odeur (dés)agréable, etc.

N’hésitez pas à chercher une image ou l’autre sur Google ou Pinterest pour vous inspirer. Imaginez le bordel d’un combat dans la forêt ci-dessous. Plus intéressant qu’une zone vide, non ?

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6 : Les risques, tu récompenseras

Vous avez fait bondir vos gobelins et vos joueurs prennent la balle au bond et fond des actions héroïques. Génial ! Alors surtout, surtout, ne leur coupez pas l’herbe sous le pied. Récompensez-les. Le roublard réussit son jet d’acrobatie pour s’accrocher au lustre et retomber juste devant Zara la borgne ? Génial, il pourra l’attaquer avec l’avantage. Il a échoué ? Boum, il tombe face contre la table (ne soyez pas mesquin en imposant des dommages de chute). Soyez fair-play : le test d’acrobatie, donnez-lui une difficulté de 10 ou 12, Le joueur saura qu’il a  beaucoup de chances d’y arriver. Annoncez les conséquences avant le jet « si tu réussis tu auras l’avantage, sinon c’est elle qui l’aura ». 75% de chances d’avoir l’avantage à sa prochaine attaque contre sa Némésis, n’importe quel joueur qui vient à la table pour vivre le grand frisson devrait accepter. Sinon, tapez sur son perso en priorité, ça le fera frissonner quand même…

Les règles de l’avantage et de l’inspiration sont des outils parfaits, malheureusement trop peu utilisés, pour récompenser les joueurs qui osent. Si vous trouvez que ce n’est pas réaliste, que ça favorise les joueurs, c’est que vous pensez à l’envers. D’abord, sérieusement, vous croyez que les combats dans D&D sont réalistes ? Jamais de la vie ! Les règles sont un outil pour que tout le monde s’amuse et vive des histoires héroïques. Un grand sage a dit un jour : les règles sont là pour qu’on fasse semblant d’être des elfes et que ça paraisse cool. Et puis ça favorise les joueurs ? Peut-être. Mais d’abord, vos PNJ aussi peuvent gagner des avantages grâce à des actions osées. Ensuite, si vos joueurs sont avantagés, le combat sera plus vite terminé, et vous pourrez passer à autre chose plus rapidement. Il vaut mieux deux combats courts et épiques qu’un seul où est excité comme pendant un épisode de Derrick. Et puis, voyez le point suivant…

7 : Des coups tordus tu joueras

Vous connaissez Dungeon World ? Si ce n’est pas le cas, vous devriez. Les jeux Powered by the apocalypse, même si vous n’y jouez pas, sont une mine immense de trucs pour les MJ des jeux plus traditionnels. Bref, dans Dungeon World, le MJ peut faire des actions clémentes et des actions méchantes (le terme hard move en anglais est peut-être plus parlant). Le MJ joue une action méchante quand les joueurs lui donnent une opportunité en or ou quand ils ratent complètement un jet. Rien n’empêche de faire pareil à votre table. Ici aussi les joueurs vous donnent parfois des opportunités à saisir. On a tous l’exemple en tête du groupe qui est bien aligné face à un magicien avec un sort d’éclair. Mais on peut en trouver des dizaines d’exemples. Lors de vos combats, saisissez ces opportunités pour faire mal aux joueurs. Dans un combat, chaque choix stupide doit être suivi d’une réponse violente. Le mot important ici est « stupide ». Il ne faut y aller franchement que si ça paraît évident et vraisemblable.

Et puis il y a tous ces jets de dé. Chaque gros raté à un jet de compétence peut être suivi d’une réponse plus méchante que d’habitude. Le barde rate son jet de perception en faisant 1 sur son dé ? Non seulement il ne repère pas les adversaires cachés, mais surtout, il y a des adversaires cachés (alors qu’à la base vous prévoyiez simplement de dire qu’il n’y avait rien à repérer dans ce coin sombre). Le guerrier tente de contourner le camp des gnolls en passant par les arbres mais il foire complètement son jet d’escalade ? Non seulement il tombe, mais en plus il tombe au beau milieu du camp, directement encerclé par des adversaires en nombre.

Et voilà, avec une ou deux actions méchantes dans votre combat, vous avez un truc épique, surprenant, dangereux, trépident. N’abusez pas cependant. Mettez les personnages dans la merde pour qu’ils puissent s’en sortir avec classe. Ne les tuez pas par plaisir. Et si votre combat est déjà excitant sans ça, inutile d’en rajouter. Les actions méchantes sont utiles quand la partie est un peu plate et que vous avez l’impression qu’elle manque un peu de piment.

8 : Tes monstres tu prépareras

Chaque adversaire a un score d’intelligence et de sagesse. Outre leur aspect technique, ils sont aussi des indices sur la manière de les jouer en combat. Votre dragon, avec ses scores de 18 et 15, choisira toujours la meilleure option, sera assez sage pour ne pas prendre de risques inutiles et pourra envisager un repli stratégique (le fait que son souffle ne se recharge que lentement, il le sait. Alors pourquoi ne pas filer dans les nuages une petite minute le temps que ça revienne ?) Du coup, vous pouvez faire une petite entorse au point 2 et prendre un peu plus de temps pour bien jouer votre dragon. À l’inverse, votre horde de gnolls avec des scores de 6 et 10 sera brutale, violente, mais ne prendra pas le temps de juger de la situation. Les gnolls fonceront tête baissée et ne comprendront leur erreur que trop tard. Avec des scores pareils, à moins d’être menés par un leader un peu plus futé, les gnolls ne feront pas de tactique alambiquée pour aller tuer le magicien ou le prêtre d’abord. Ce sont des sauvages sanguinaires, ils veulent tuer vite, et donc choisissent l’adversaire le plus proche. Ils compensent leur manque d’intelligence par leur nombre et leur férocité. Un combat contre des gnolls n’est pas un combat contre des gobelins ou des hobgobelins. S’il y a tant de monstres dans le bestiaire, c’est que ça sert à quelque chose…

Résultat de recherche d'images pour "wererat"Il y a aussi le texte que les auteurs qui ont écrit le bestiaire aimeraient que vous lisiez. C’est aussi forcément utile, sinon on n’aurait mis que les caractéristiques techniques. J’en prends un au hasard dans le bestiaire de Héros & Dragons et je lis que « les rats-garous vivent en communauté sous certaines grandes cités […]. Plus faibles que les autres lycanthropes, plus peureux aussi, ils évitent autant que possible toute confrontation avec les habitants de la surface. Discrets et rusés, […] ils n’hésitent pas à se débarrasser d’un des leurs s’il leur semble mettre le groupe en péril. » Vous avez là plein d’indices (les mots en gras) pour guider votre manière de mener un combat contre des rats-garous. Il y a peu de chances d’en rencontrer un seul. Ils seront forcément cachés et tenteront de fuir. S’ils sont obligés de se battre, ils ne fonceront pas dans le tas mais feront des coups fourrés. Et le sacrifice d’un des leurs pour fuir est une bonne fin pour cette scène de combat humide et malodorante.

Bien sûr il ne faut pas négliger les capacités techniques du monstre. Prenons l’emblématique gobelin. Il a une seule capacité qui lui permet de se désengager ou de se cacher pour une action bonus à chaque tour. Si vous avez un roublard de niveau 2 ou plus dans votre groupe, vous avez constaté qu’il utilise sa capacité de ruse, similaire à celle du gobelin, dès qu’il le peut. Et vous croyez que les gobelins vont s’en priver ? Les gobelins vont se déplacer tout le temps, attaquer, se désengager, se planquer, tourner autour des ennemis, fuir, revenir, etc. Cette capacité unique est ce qui va guider votre manière de mener le combat. C’est un atout majeur de D&D 5 dont beaucoup de monstres ont une capacité unique qui vous permet de typer un combat. D’autres exemples ? Les hobgobelins et les kobolds attaqueront toujours à plusieurs sur une même cible, le minotaure fera en sorte d’être capable de charger, un groupe d’orcs fonce le plus vite possible au contact, les sahuagins s’acharnent sur les blessés, un ettercap attaquera depuis le plafond, etc.

9 : Un timer tu utiliseras

Le fameux compte à rebours. Un nombre de rounds après lequel quelque chose va se passer. Les monstres vont obtenir du renfort. Ou, au contraire, ils vont fuir. Le piège va se déclencher. La lumière va s’éteindre. L’air viendra à  manquer. la porte qui retient le monstre trop puissant pour les PJ va céder. Bref, on en parle plus longuement dans l’article sur Index Card RPG, alors rendez-vous là-bas. Point important : mettez ce timer à la vue de tous les joueurs !

10 : Les dégâts moyens tu utiliseras

Tous les monstres de D&D5 ont un score moyen de dégâts pour leurs attaques. Ce n’est pas (non plus) pour décorer. Dans la perspective de jouer vite, c’est un outil intéressant. Quelques arguments pour aller à l’encontre de la phrase qui commence par « oui mais » qui vient de vous traverser l’esprit:

Tout le monde s’en fout. Les joueurs aiment bien avoir un peu de variété dans leurs dégâts, mais ils s’en foutent de savoir si votre monstre a fait beaucoup ou peu sur son jet de dégâts. De toute façon statistiquement tout va plus ou moins s’égaliser au fil des rounds.

C’est plus rapide. En tant que MJ, vous avez assez de choses à faire (notamment appliquer les neuf commandements qui précèdent). Faire l’économie des jets de dégâts (ça peut faire beaucoup de jets) est un cadeau que vous fait D&D 5. Qui refuse un cadeau ?

C’est moins dangereux à bas niveau. Voici le grand retour du gobelin, souvent utilisé contre des persos de niveau 1. Dégâts 5 (1d6+2). Avec les 5 dégâts moyens, tous les persos niveau 1 survivent. Avec un peu de bol au dé, vous faites 8. Bravo, vous venez de tuer le magicien du premier coup…

Ça rend les critiques plus sympas. Si quand vous obtenez un critique vous lancez les dés, ça rend chacun de ces coups bien plus stressants. Lancez simplement le dé mentionné et ajoutez la moyenne, ça vous évitera de couper quelqu’un en deux tout en gardant le stress du critique. Pour le gobelin, 1d6+5 plutôt que 2d6+2 par exemple.

C’est la règle. Argument marteau pour les psychorigides des règles : c’est le score moyen qui est donné et les dés qui sont entre parenthèses. La règle de base, c’est donc le score moyen.

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Et vous, avez-vous des techniques pour vitaminer vos batailles ? Partagez !


Les 22 règles du jeu de rôle selon Pixar (Épisode II)

Continuons notre petite transcription rôliste des 22 règles de Pixar. Pour la première partie, c’est par ici !

Règle n°12 – Éliminez la première chose qui vous vient à l’esprit. Et la deuxième, la troisième, la quatrième et la cinquième. Débarrassez-vous de l’évident. Surprenez-vous !

Pendant une partie, pour garder un bon rythme, le MJ répond souvent aux joueurs par la première chose qui lui vient à l’esprit. Quand la situation est importante, prendre le temps de respirer un coup avant de répondre de manière à apporter un peu de surprise peut être une bonne chose.

Quand on écrit un scénario, le conseil est simplement à prendre à la lettre.

Règle n°13 – Donnez des opinions à vos personnages. Vous aimerez peut-être écrire à propos de personnages passifs ou malléables, mais ils sont comme du poison pour les spectateurs.

En gros, donnez du corps à vos PNJ. Le grand méchant qui ne veut détruire le monde que « parce queeeee ! », non seulement c’est déjà vu mille fois, mais qu’est-ce que ce sera chiant pour les joueurs. Un méchant avec une bonne motivation, qui a un point de vue – même tordu – est bien plus intéressant. Même les PNJ neutres ou bienveillants se doivent d’avoir une personnalité. S’ils disent amen à tout ce que proposent les joueurs, où est l’intérêt ?

Règle n°14 – Qu’est-ce qui vous pousse à raconter cette histoire-là ? De quelle conviction qui brûle en vous se nourrit-elle ? C’est là le cœur de votre histoire.

Que ce soit en tant qu’auteur de scénario ou de MJ, votre histoire sera bien meilleure si vous y croyez. Mettez-y du vôtre, investissez-vous, vous ne le regretterez pas. Si une histoire vous touche et vous donne envie de la mener à une table, essayez de voir pourquoi elle vous attire, et mettez cet élément en exergue.

Règle n°15 – Si vous étiez votre personnage, dans cette situation, comment réagiriez-vous ? La sincérité apportera de la crédibilité aux scènes les plus incroyables.

Interprétez vos PNJ et faites-les réagir de manière cohérente et sincère. Ce sont leurs convictions et leur personnalité qui doivent guider leurs actions, et pas ce qui vous arrange pour la suite de l’histoire. Votre méchant sadique et pervers qui laisse les PJ en vie parce que vous vous rendez compte que vous allez tout droit vers un massacre complet ? Incohérent, trouvez autre chose…

Règle n°16 – Quels sont les enjeux ? Donnez-nous des raisons de soutenir ce personnage. Que se passe-t-il s’il échoue ? Empilez les obstacles sur son chemin.

On a déjà parlé de l’importance d’un enjeu pour les combats. Mais c’est tout aussi important au niveau d’une scène ou du scénario complet. Les joueurs doivent savoir pourquoi ils se battent (ou au moins deviner que s’ils ne le font pas, ce sera grave), et les conséquences de leur échec doivent être catastrophiques. Et bien sûr, l’enjeu est élevé, et les difficultés pour y arriver ne font que s’accumuler. Pensez Die Hard : McLane doit sauvez les otages. Oh, merde, il n’a pas d’arme. Oh merde, il est tout seul. Oh, merde, il est pieds nus. Oh, merde, le méchant a identifié sa femme…

Règle n°17 – Aucun travail n’est du gâchis. Si ça ne fonctionne pas, laissez tomber et passez à autre chose. Il y aura bien un moment où ce que vous avez produit se révélera utile.

Inutile de pester si les joueurs sont brillants et passent outre tout un chapitre de votre scénario parce qu’ils ont eu une fulgurance. Les situations de ce chapitre vous seront utiles une autre fois. Peut-être à un autre jeu, peut-être dans dix ans. Ce n’est pas grave. Pareil pour ce super PNJ mitonné aux petits oignons que vos joueurs ne remarquent même pas. Il en va de même pour ce début de scénario que vous ne parvenez pas à terminer. Laissez-le dans un tiroir, on ne sait jamais.

Règle n°18 – Connaissez-vous vous-même, sachez faire la différence entre faire de votre mieux et chipoter. Écrire c’est tester, par raffiner.

Faites de votre mieux, c’est normal, mais ne vous faites pas du mal non plus. Quand on parle de jdr, il faut tout de même se rappeler que ce n’est qu’un jeu. Votre famille, vos amis, votre boulot, vos études, etc.  passent avant la qualité de votre partie de demain soir. Vous n’avez pas trouvé les illustrations pour toutes les scènes et il est l’heure d’aller récupérer les enfants ? Sachez où est la priorité.

Sur le « écrire, c’est tester, pas raffiner », j’ajouterais que quels que soient les efforts que vous mettez dans votre préparation, une fois confronté aux joueurs, tout ne va pas se passer comme prévu. Alors oui, soyez prêts, mais restez conscients que vous serez de toute façon obligé d’improviser. Alors ne sur-préparez pas.

Règle n°19 – Les coïncidences pour mettre les personnages dans l’embarras sont excellentes. Les coïncidences pour les en sortir, c’est de la triche.

À imprimer en grand dans le bureau où vous écrivez vos scénarios et à l’intérieur de votre écran pendant que vous menez. Votre boulot c’est de créer des situations compliquées pour les PJ, c’est à eux de trouver les solutions pour s’en sortir. Si vous les aidez avec une coïncidence ou un Deus ex machina, non seulement c’est tricher, mais ça enlève toute la gloire des joueurs.

Parfois vos joueurs verront des coïncidences là où il n’y en a pas. Faites en sorte qu’ils découvrent le pot-au-rose, ne les laissez pas sur l’idée que le MJ les a sorti d’un mauvais pas.

« Waw c’était plus facile que je ne l’aurais cru de s’enfuir de l’étoile de la mort, le MJ a été sympa en faisant rater tous les stormtroopers. »

« Non, mon cher joueur crédule, c’est parce que les stormtroopers ont reçu des instructions en ce sens et qu’un traceur a été collé à votre vaisseau pour vous suivre jusqu’à votre base… »

Règle n°20 – Faites l’exercice : prenez les éléments d’un film que vous n’aimez pas. Comment les réarrangeriez-vous pour en faire un film que vous aimez ?

Faites l’exercice : prenez un scénario que vous n’aimez pas, identifiez les éléments narratifs importants et réarrangez le tout pour en faire un scénario que vous aimez.

Poussez plus loin : vous n’avez pas aimé la partie d’hier. Quel étaient les éléments importants ? Qu’est-ce que vous n’avez pas aimé ? Qu’auriez-vous fait autrement ?

Règle n°21 – Identifiez-vous aux situations et à vos personnages, n’écrivez pas simplement « cool ». Qu’est-ce qui vous ferait régir ainsi ?

C’est très proche de la règle 15. Que ce soit en tant qu’auteur ou MJ, il faut vous plonger dans la scène et dans vos PNJ et créer une histoire cohérente. Pas seulement cool, mais sincère.

Règle n°22 – Quelle est l’essence de votre histoire? Quelle est la manière la plus efficiente de la raconter ? Si vous savez ça, vous pouvez construire à partir de là.

Une manière efficiente de raconter une histoire ? Ben oui, comment arriver à une histoire géniale du point de vue des joueurs sans éléments superflus ? Si vous avez le chemin le plus direct, vous pouvez ensuite construire les fausses pistes, les éléments qui font vivre l’univers, etc. Mais vous le faites en connaissance de cause, sans vous perdre vous-même et sans faire de votre histoire un truc indigeste.

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Voilà, on a fait le tour des 22 règles de Pixar. Rien de révolutionnaire en soi, mais c’est parfois bon de revenir aux fondamentaux. Commentez, n’hésitez pas, le bouton n’est pas loin…

 


Les 22 règles du jeu de rôle selon Pixar (Épisode I)

OK, le titre est une entourloupe. Les studios Pixar ne se lancent pas dans le jdr. Par contre, Emma Coats, scénariste du studio, a tweeté il y a quelques années une liste de 22 règles pour raconter une bonne histoire qu’elle a apprises chez Pixar. Des règles que nous pouvons aisément détourner pour en faire des conseils utiles lorsque nous écrivons, préparons ou menons un scénario…

Les 22 règles, en anglais, sont trouvables ici et vous trouverez une traduction ici.

Commençons avec les 11 premières règles pour éviter l’article marathon.

Règle n°1 – On admire davantage un personnage pour ses tentatives que pour ses succès.

Traduction jdr : arrêtez d’être un MJ trop gentil et faites échouer les PJ. Quelle plus grande satisfaction pour un joueur que de voir son perso dans la merde jusqu’à la noyade, blessé, brisé, ruiné, réussir de justesse une mission ou une quête qui semblait perdue d’avance. À vaincre sans péril, blablabla, c’est très vrai dans une histoire. Si les persos réussissent toujours tout, la partie manquera de piment. Dés héros qui souffrent pour triompher, c’est ça une bonne histoire !

Règle n°2 – Gardez en tête ce qui intéresse le spectateur, pas ce qui est amusant à écrire. Deux choses très différentes.

Eh oui MJ et auteur de scénario, tu es là au service de tes joueurs. Tu amènes une proposition ludique, et ils vivent une grande aventure grâce à toi. Ils sont à la fois spectateurs et acteurs, et c’est pour eux en priorité que l’histoire doit être intéressante. Si le scénario n’est amusant que pour le MJ, il rate son objectif…

Règle n°3 – Essayer de mettre un thème est important, mais vous ne saurez pas de quoi parle l’histoire avant de l’avoir terminée. Maintenant réécrivez.

Deux choses ici. Quand vous écrivez un scénario, choisir un thème est effectivement important. Ça apporte un plus indéniable même si le thème ne passe que de manière subtile aux joueurs. Mais comme un scénariste de cinéma, il est possible qu’à la fin, votre scénario ait pris une direction inattendue. À ce moment-là, vous pouvez essayer de réécrire en y glissant plus d’éléments du thème, ou bien carrément changer de thème. Tant que vous ne jouez pas le scénario (ou que vous le publiez pas), vous pouvez tout changer, c’est pas grave.

Et pendant la partie, parfois, les joueurs ne voient rien de votre thème. Vous avez confectionné un truc aux petits oignons mais ces imbéciles de joueurs ne captent rien. Tant pis. Si pour combler ça vous insérez trop d’éléments liés à votre thème, ça aura un goût d’artificiel. Apprenez à vous dire « tant pis ».

Règle n°4 – Il était une fois _____. Tous les jours, _____. Un jour, _____. Suite à cela, _____. Jusqu’à ce que finalement _____.

Remplissez les blancs, vous avez votre prochaine prémisse de scénario. Pour du jeu de rôle, les personnage interviennent généralement pour éviter ce « finalement ».

Un exemple ? Il était une fois la liche Acererak. Tous les jours Acererak complotait aux quatre coins de l’univers pour créer de nouveaux dieux maléfiques. Un jour, il découvrit un artefact qui aspirait l’âme de tous ceux qui mourraient. Suite à cela, plus personne ne pouvait être ramené à la vie et ceux qui l’avaient été dans le passé dépérissaient. Jusqu’à ce que finalement suffisamment d’âmes soient aspirées pour créer un nouveau dieu de la mort. Oh, mince, je viens d’écrire Tomb of Annihilation !

Règle n°5 – Simplifiez. Allez à l’essentiel. Combinez les personnages. Évitez les détours. Vous penserez passer à côté de choses essentielles mais ça vous libérera.

En gros, ne faites pas trop compliqué. Votre intrigue impliquant neuf factions et 49 PNJ vous paraît totalement géniale. Comment allez vous transmettre cette masse d’information à vos joueurs ? Quel pourcentage (minime) retiendront-ils ? Simplifiez. De toute façon, les joueurs ont l’art de compliquer ce qui paraît simple.

Règle n°6 – En quoi votre personnage est-il doué ? Quelle est sa zone de confort ? Balancez-lui exactement l’opposé. Défiez-le. Comment s’en sort-il ?

On pourrait traduire ça en jeu de rôle par : foutez les PJ dans la merde, faites en sorte que ce soit difficile. C’est la manière dont les joueurs vont aborder la chose, les solutions qu’ils vont imaginer qui va rendre la partie intéressante. Le coup du « balancez l’opposé du point fort » est à prendre avec des pincettes en jdr. Une fois ou deux ça va, mais si vous faites ça systématiquement, vos joueurs auront surtout l’impression que vous les piégez.

Règle n°7 – Écrivez votre fin avant le milieu. Sérieusement. Trouver une bonne fin, c’est difficile, faites en sorte que la vôtre fonctionne très tôt dans le processus.

Surtout valable si vous écrivez un scénario. Commencez par la situation de départ, la fin, et puis ce sera plus simple de déterminer les étapes qui mènent de l’une vers l’autre. On pourrait croire que ça ne marche qu’avec du jeu de rôle « vanille », mais quand on y pense, lorsque l’on prépare ses fronts et leur destin funeste pour un jeu powered by the apocalypse, on ne fait rien d’autre que penser à la fin avant de s’intéresser au milieu.

Règle n°8 – Finissez votre histoire, même si elle n’est pas parfaite, lâchez prise. Dans un monde idéal vous auriez les deux, mais quoi qu’il en soit, avancez. Vous ferez mieux la prochaine fois.

C’est comme pour tout projet. À un moment donné il faut se dire qu’on a terminé. Si vous passez des milliers d’heures à peaufiner votre scénar, non seulement vous ne jouerez jamais, mais en plus vous risquez une énorme frustration quand vos joueurs vont mettre leur nez dans votre chef d’œuvre et tout foutre en l’air.

Règle n°9 – Si vous êtes coincés, faites une liste de ce qui ne devrait pas arriver ensuite. La plupart de temps, les éléments dont vous avez besoin pour passer outre le blocage vont apparaître.

Le conseil vaut pour l’écriture d’un scénario, mais aussi pendant la partie. Si vous êtes à cours d’idée, que tout ce qui vous vient en tête pour relancer la partie vous paraît inintéressant, faites une pause et posez-vous la question de ce qui ne doit pas arriver. Ça devrait vous aider à trouver l’idée qu’il vous faut.

Règle n°10 – Décortiquez les histoires que vous aimez. Ce que vous y appréciez fait partie de vous. Il faut les identifier avant de pouvoir les réutiliser.

Lisez des scénarios et jouez. Beaucoup. Chaque fois qu’un truc fait tilt, essayez d’analyser pourquoi ça vous plaît. Une fois que vous aurez mis le doigt dessus, vous pourrez le digérer et le réutiliser dans vos propres parties. Stephen King dit que si vous n’avez pas le temps de lire, vous n’avez le temps d’écrire, ni les moyens d’y arriver. C’est pareil en jdr. Si vous ne prenez pas le temps de jouer et de lire des scénarios, vous n’aurez jamais assez de matos pour écrire vous même ou pour improviser pendant vos parties.

Règle n°11 – Mettre votre histoire sur papier vous permet de commencer à travailler dessus. Une idée parfaite, tant qu’elle reste dans votre tête, vous ne la partagez avec personne.

Lancez-vous ! Le but d’un scénario de jeu de rôle est d’être joué. Alors écrivez-le. Pas besoin de vous lancer dans la rédaction au propre, mais vous pouvez faire une mind map, coller des mots-clés sur des post-it, gribouiller des bouts de phrase sur un coin de table. Bref, sortez cette idée géniale de votre tête et bossez dessus. Ça vous permettra vite de savoir si l’idée tiens un minimum la route, de découvrir les trous et les incohérences, de régler tout ça et de terminer avec un scénario jouable.

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Voilà, arrêtons-nous là pour aujourd’hui. Si vous utilisez ou interprétez les règles de Pixar, ou si vous en connaissez d’autres dans le même style, n’hésitez pas à commenter !

 

 


Index Card RPG – Un bijou à découvrir

Index card rpgIl y a des jeux qui ne font rien pour que vous y jetiez un œil : ils ont un titre à chier (non, sérieux, « Index Card RPG » donne l’impression que c’est un jeu où l’on incarne des cartes de visite) et, de loin, ils ressemblent à la foultitude de clones de D&D qu’on trouve sur le net. Et pourtant, outre qu’il est un bon jeu, ce petit ovni qu’est ICRPG regorge de bonnes idées que l’on peut piller pour toutes nos parties. L’auteur nous y encourage, même, alors pourquoi se priver ?

Index Card RPG en deux mots

C’est donc, au premier regard, un clone de D&D. Six caractéristiques qui donnent un bonus au d20 que vous lancez pour atteindre une difficulté. Jusque là, rien de neuf. Votre personnage a une classe, du genre archer, prêtre ou mage, toujours rien de neuf. Mais la comparaison s’arrête là. Impossible de faire le tour de tout ce qui caractérise ce jeu, je vous encourage à la lire pour ce faire (16 $ sur Drivethrough, mais il existe un quickstart gratuit pour vous faire une idée). Par contre, attardons-nous sur quelques petits trucs qui peuvent être réutilisés dans d’autres jeux.

Le jet d’effort

On connait tous ça : en combat, je lance le dé pour attaquer, et si je touche, je lance mes dés de dégâts pour voir combien de points de vie perd mon adversaire. Quand j’aurai accumulé assez de dégâts au fil des tours, mon adversaire sera mort. ICRPG propose de tout jouer comme en combat pour toutes les actions, et de généraliser l’habituel jet de dégâts, qu’il renomme jet d’effort. Je sens que vous avez besoin d’un exemple ou deux, j’y viens, mais je dois encore préciser une chose : le type de dé du jet d’effort dépend de la manière dont vous accomplissez votre action. De base, c’est 1d4. Les dégâts des armes font 1d6. La magie permet un effort à 1d8, et chaque personnage a aussi un score d’effort ultime à 1d12 utilisé après un 20 naturel. Évidemment, ces scores d’effort de base peuvent être améliorés à la création du perso et par la suite.

Mais je vous avais promis un exemple : Le voleur tente de crocheter la porte. C’est une serrure magique bien conçue, elle a donc l’équivalent de 20 points de vie. Tour 1, le voleur lance son jet de dextérité. Il réussit, il lance donc son jet d’effort (1d4+2 par exemple). Il obtient 4. Il devra donc réitérer son jet dans les tours prochains jusqu’à ce qu’il ait accumulé 20 points d’effort pour « vaincre » la serrure. Si au deuxième tour il fait 20 à son jet de dextérité, il pourra lancer son dé d’effort ultime, soit 1d12, ce qui lui permettra peut-être de progresser plus vite. La mécanique fonctionne tout autant si un personnage veut déchiffrer un vieux codex, s’il recherche des informations sur un gangster sur les docks, s’il escalade une falaise, s’il dresse un animal, s’il construit un château, etc.

Et je vous entends déjà me dire que c’est un peu chiant de lancer plusieurs tests pour accumuler de l’effort alors qu’on peut faire un simple test et décider du succès. Et vous auriez raison, si le jeux ne proposait pas deux autre mécaniques qui, utilisées de concert, rendent les choses bien plus intéressantes…

Le jeu « tour par tour »

En combat, nous avons l’habitude de découper le temps en rounds pendant lesquels chaque personnage joue à son tour. Ici aussi ICRPG propose de tout jouer comme en combat. On joue donc toujours en tour par tour, sauf que, évidemment, la durée du round varie selon la situation. Elle peut être comptabilisée en moments (pendant un combat, une course poursuite, etc.), en heures (réparer une armure, se soigner, déchiffrer un parchemin) ou en jours (construire un bâtiment, créer un objet magique, entraîner une armée, voyager vers un pays lointain, etc.)

Chaque personnage peut donc, à son tour, réaliser une action et accumuler de l’effort dans le but de terminer sa tâche. Je vous sens encore d’humeur à vouloir un exemple : deux personnages arrivent dans leur village natal après une aventure trépidante mais épuisante. Le MJ a prévu que ce sera l’occasion pour les personnages de se ressourcer, il annonce que les rounds durent désormais un jour. Au premier tour, le guerrier retourne à la forge de son père. Il y découvre que ce dernier est malade et qu’il a pris un apprenti un peu maladroit. Le guerrier déclare au MJ : j’utilise mon tour pour former ce petit gars à la forge. le MJ décide qu’avec un peu de pratique, l’apprenti y arrivera : c’est une tâche à 10 PV. Le joueur lance son jet de charisme, qu’il réussit. Comme il s’agit de forger des armes, le MJ lui autorise à lancer un jet de dégâts d’armes pour son effort. 1d6+2 = 4. Au soir du premier jour, l’apprenti commence à apprendre mais il y a encore du boulot. Le deuxième personnage est le magicien. Il a ramené de ses aventures un vieux grimoire poussiéreux qu’il décide de déchiffrer. Le MJ sait que ce livre est un enjeu important de sa campagne. Il déclare une tâche à 40 points de vie. Au fil des tours (et donc des jours), le magicien accumulera de l’effort jusqu’au déchiffrement complet du grimoire.

Et là, de nouveau, vous vous dite « OK, mais ça sert à rien, un seul test aurait pu suffire : soit l’apprenti est formé, soit non, et le grimoire est déchiffré ou pas ». Certes, mais c’est sans compter sur notre troisième mécanique…

Le timer

On vous la fait depuis toujours au cinéma : la bombe va exploser dans 42 secondes, l’étoile noire sera à portée de tir dans une minute, etc. Le timer d’ICRPG a le même effet : décider d’un événement qui va tout bouleverser et provoquer un rebondissement.  Le timer est un d4 que le MJ lance à la vue de tous (il relance les 1). Dans un nombre de rounds équivalent au score obtenu, quelque chose va se passer. Parfois les joueurs savent quoi, parfois pas. Ça peut être un truc que le MJ a prévu, ou bien un événement qu’il va improviser. Quoi qu’il en soit, quelque chose d’important va se passer. Dans notre exemple ci-dessus, la ville pourrait être victime d’une terrible inondation causée par la fonte trop rapide d’un glacier (ce qui conduira les personnages à essayer de comprendre pourquoi). 1d4 rounds, donc dans cet exemple, 1d4 jours. Les joueurs voient ce d4, ils savent que quelque chose arrive. Du coup, ça devient plus important de savoir si l’apprenti sera formé à temps ou si le livre sera déchiffré (OK, surtout le livre, je vous l’accorde).

La magie du truc, c’est que ça marche pour tout. Dans 1d4 rounds…

  • le piège recrache de l’acide dans la pièce (c’est donc important de savoir si le voleur ouvre la porte à temps ou pas)
  • le dragon souffle de nouveau (c’est donc important de savoir s’il sera vaincu avant)
  • un nouveau robot tueur s’anime (les personnages auront-ils désactivé le serveur à temps ?)
  • le pont s’effondre (les personnages auront-ils traversé ?)
  • la porte se referme (tous les otages auront-ils eu le temps de fuir ?)
  • le portail vers l’enfer s’ouvre (le rituel de protection sera-t-il terminé ?)
  • les croiseurs du Nouvel Ordre arrivent (la résistance aura-t-elle évacué sa base avant ?)

Et on peut même combiner plusieurs timers : imaginez une décompte pour savoir quand le pont va s’effondrer, quand des renforts vont arriver et quand le dragon pourra utiliser son souffle à nouveau. Vous pouvez même vraiment foutre le bordel en utilisant des timers en rounds mais aussi en tours. Baissez le score du d4 à la fin du tour de chaque joueur. Vous parlez d’un sentiment d’urgence !

L’important c’est de toujours avoir un timer. Ainsi les joueurs vont à l’essentiel, on évite les longs moments où les persos font du shopping et partent tous azimuts sans que rien ne se passe. Si je sais que j’ai trois jours avant un événement important, je vais me focaliser sur ce que je juge prioritaire. En combat, si vous avez un enjeu lié à un timer, ça rend les scènes tout de suite plus tendues. Un bon outil pour créer des scènes mémorables !

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Il y a encore beaucoup à dire sur Index Card RPG. On pourrait parler de la difficulté unique par rencontre, du système de distances utilisant une banane (si si !), de la maquette géniale, de la qualité des textes qui en font un modèle d’explication de règles, des conseils pour créer des rencontres ou des scénarios, des cartes illustrées qui donnent son nom au jeu. Nous y reviendrons donc certainement dans un prochain article.

Et vous, avez-vous lu ICRPG ? Qu’en avez-vous pensé ? Dites-nous tout !

 

 


Des scènes qui ont de l’impact

On continue à parler des scènes. L’article précédent évoquait les fondamentaux et des éléments qui pouvaient ajouter du piment à une scène. Aujourd’hui, attardons-nous sur la structure de cette histoire condensée qu’est votre scène.

Un début, un milieu et une fin

Puisqu’une scène est une mini-histoire, elle doit forcément avoir un début. C’est le moment où le MJ expose la situation afin que les joueurs sachent bien de quoi il retourne. Si c’est un combat, le MJ décrit la position des adversaires (parfois il pose ses figurines sur la table), les éléments du champ de bataille qui pourront avoir une importance et il pose également l’enjeu du combat (ou en tout cas ce qui peut paraître comme l’enjeu principal aux yeux des personnages). Si on parle d’une scène d’infiltration, le MJ doit décrire le bâtiment à infiltrer, les systèmes de sécurité évidents, la position des sentinelles, etc. Bref, à la fin de l’introduction d’une scène, les joueurs doivent savoir clairement de quoi il retourne avant de se lancer dans l’action. Évidemment, le MJ ne parlera que des éléments que les personnages peuvent percevoir. C’est même idéal d’en garder sous le coude pour le retournement de situation qui surviendra plus tard.

Où commencer une scène ? Le conseil donné aux scénaristes de cinéma c’est « entrez tard, sortez tôt ». En gros, commencez la scène au plus près de l’action intéressante (et donc évitez les introductions trop longues) et terminez la scène dès que la partie intéressante est terminée). Faites pareil en jdr. Mais c’est plus délicat, car vous ne pouvez pas présager des actions des joueurs. Impossible de commencer la scène d’effraction par « OK, vous êtes accroupis devant la porte en train de crocheter la serrure ». Ils vont vous hurler dessus et vous dire que l’un d’entre eux voulait d’abord inspecter le quartier pour trouver la meilleure issue, qu’un autre voulait vérifier la présence de caméras, etc. Le mieux est donc de les amener au plus près de la partie intéressante, sans avoir trop présagé de leurs actions.

Notre mini-histoire a un milieu. Les personnages entrent en action, les PNJ et l’environnement réagissent par l’entremise du MJ, et le ping-pong commence. C’est là qu’il faut justement éviter le ping-pong chiant et répétitif. Le conflit doit apparaître de manière évidente, l’enjeu doit évoluer, on peut introduire le fameux retournement de situation (des renforts arrivent, la serrure était piégée, le personnage interrogé détient une info inattendue qui bouleverse tout ce que les joueurs croyaient savoir, etc.) Nous verrons plus loin comment faire en sorte d’éviter les scènes plates et convenues.

Et notre mini-histoire a une fin. C’est délicat pour le MJ de mettre un terme à une scène très tôt comme on le conseille aux scénaristes. Il ne doit pas frustrer les joueurs qui avaient peut-être encore des choses à y faire ou des informations à y glaner. Mais dans le même temps il ne doit pas faire traîner sa scène en longueur pour éviter l’ennui. En général, si le retournement de situation a eu lieu et qu’il a été géré, que l’enjeu de la scène est réglé pour les PJ, il est temps d’envisager de terminer la scène. Les derniers orcs s’enfuient, la course-poursuite atteint sa conclusion, le PNJ n’a plus rien à révéler, etc. Si les joueurs s’entêtent, vous pouvez leur faire comprendre, ou leur dire carrément que la scène est terminée. Par exemple « après l’avoir cuisiné pendant une heure, vous avez la certitude qu’il vous a révélé tout ce qu’il savait ».

Star Wars 8À la fin d’une scène, soit les PJ ont obtenu ce qu’ils voulaient (rappelez-vous, le conflit d’une scène vient de ce que veulent les personnages), soient ils ne l’ont pas obtenu. C’était l’enjeu de la scène, et en gros on y répond par « oui », « oui, mais » ou « non ». En cas de foirage complet, on peut avoir « non, et pire encore… » La difficulté pour le MJ c’est que la plupart des scénarios prennent pour acquis que chaque scène se termine par « oui ». Il faut donc pouvoir assumer le « non » sans que le scénario ne puisse plus progresser. Si lors de leur effraction les PJ doivent fuir sans les indices qu’ils étaient venus chercher, il faut que le scénario prévoie un autre moyen pour eux d’obtenir les informations, ou des informations qui leur permettent d’arriver aux mêmes conclusions. Sinon, c’est que l’obtention des infos n’était pas le véritable enjeu de la scène (puisque c’est obligatoire). il doit alors y avoir un autre enjeu, comme avoir trouvé les indices, mais sans se faire repérer ou sans laisser de trace de son passage.

Lorsque vous mettez fin à une scène, passez tout de suite à la suivante en entamant son introduction et « keep the ball rolling »…

La polarité d’une scène

À tout moment d’une histoire, le récit est polarisé positivement ou négativement. En gros, les choses vont bien pour les personnages, ou elles vont mal. Le but d’une scène étant de faire évoluer votre histoire, c’est toujours intéressant que la polarité change au cours d’une scène. Si elle reste constante, la scène sera probablement inintéressante et n’aura que peu d’impact. Un exemple ? Indiana Jones fait face à un sabreur qui lui fait une démonstration de son talent à l’épée. La scène est chargée négativement, Indy va se faire découper en morceaux. Et puis bang, Jones sort son flingue et abat l’escrimeur d’une balle. Changement de polarité brutal !

indianajones

Pour modifier la polarité d’une scène, vous n’avez malheureusement pas les possibilités qu’ont les scénaristes de cinéma puisque vous ne pouvez pas décider des actions des protagonistes. Il vous faut donc trouver autre chose, un événement qui va inverser la situation pour les personnages, un retournement inattendu. Dans une scène qui commence négativement, quelque chose de positif viendra changer la polarité. Dans une scène où tout semble rouler, un truc foireux va venir foutre la merde.

Un exemple : les PJ poursuivent un assassin qui vient de les rater. Ils lui mettent le grappin dessus et découvrent qu’il s’agit d’un PNJ en qui ils avaient toute confiance. La scène est clairement chargée négativement. La suite logique est un interrogatoire du PNJ. Idéalement, les PJ obtiendront des informations importantes et des révélations qui leurs feront comprendre les raisons de cette trahison. La scène finit positivement…

Ca marche aussi pour les combats. Si le combat commence bien, les PJ ont l’initiative, ils réussissent toutes leurs attaques, ça risque d’être vite réglé et plutôt chiant. il vous faut un truc pour polariser la scène négativement : des renforts ennemis, un monstre avec une capacité spéciale, quelque chose qui prend feu, etc. Même si le combat finit bien pour les PJ, la polarité sera passée de + à – avant de revenir à +. Idéalement, ce serait bien qu’elle finisse négativement. Une blessure grave ? Un élément d’équipement important détruit ? Un ennemi important qui s’enfuit ? Les PJ peuvent avoir vaincu leurs adversaires mais échoué à remporter l’enjeu du combat (ils ont mis trop de temps par exemple). Bref, varier la polarité, c’est important. Les montagnes russes sont bien plus palpitantes que les autoroutes…

Beat iiiiiit !

De la même manière qu’on peut découper une histoire en scènes, on peut découper une scène en beats. Un beat est le plus petit élément de structure narrative. Chaque fois que quelque chose change dans la scène, nous entrons dans un nouveau beat. Chaque action et sa réaction constituent en général un beat. Et le beat est d’autant plus intéressant si la réaction est surprenante ou imprévisible. Donc, dans un combat, les suites de « je t’attaque, tu m’attaques, je t’attaque, tu m’attaques », c’est le mal. Chaque beat est identique au précédent et ne fait pas vraiment évoluer la scène. Bref, dès que vous pouvez sortir un truc de votre chapeau pour amener un élément surprenant, n’hésitez pas.

Silence des agneauxC’est pareil en dehors des combats. Si nous en revenons à l’interrogatoire du traître, il sera également composé de beats. En général une question et sa réponse. Ici aussi il faut que chaque beat fasse avancer la scène. Soit parce que la réponse est inattendue, apporte une révélation choquante, ou parce que l’interrogé réagit de manière surprenante (les PJ s’attendent à un interrogatoire musclé et le traître fond en larmes, par exemple).

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Voilà, structurer une scène comme une histoire avec un début, un milieu et une fin ; vous assurer que la polarité change pendant la scène, et idéalement que la scène finisse avec une polarité inverse du début ; bien penser à surprendre et faire avancer l’histoire avec chaque beat. Trois trucs qui vous permettront de jouer des scènes dont vos joueurs se souviendront.

Un commentaire, une question, une critique ? N’hésitez pas, le bouton « commenter » n’est pas loin…

 

 

 


Mettez du piment dans vos scènes

Writing for emotional impactIl y a pas mal de temps, j’avais allègrement pillé Karl Iglesias et son Writing for emotional impact pour vous parler de différentes choses, notamment sur la manière de rendre vos antagonistes mémorables. Revenons à cet excellent bouquin – destiné, je vous le rappelle, aux scénaristes de cinéma – et continuons de le piller pour transposer ce qu’il nous dit des scènes au cinéma vers le jeu de rôle.

3 types de scènes

Les scènes d’exposition ont pour but de transmettre des informations. Au spectateur dans le cas d’un film, aux joueurs dans le cas du jdr. Ces scènes établissent le contexte, peuvent informer les joueurs sur les lieux où vont se dérouler le scénario, la période où il se déroule, etc. Elles peuvent aussi servir de transition en montrant le temps qui passe ou le déplacement des personnages. Lors d’une partie de jeu de rôle, typiquement ces scènes ne sont que de pures descriptions du MJ qui va montrer aux joueurs la planète sur laquelle ils sont en train d’atterrir, le mausolée qu’ils vont piller, l’armée de gobelins qu’ils vont affronter, le bâtiment d’où ils vont devoir exfiltrer un prisonnier, etc. C’est ici aussi que le MJ décrit les gens dans la rue afin d’immerger les joueurs dans l’ambiance des années 20, qu’il décrit l’orage qui approche, les trois jours de voyage en calèche jusqu’à la capitale, etc. Ces scènes ne comportent généralement aucun conflit et n’ont pour enjeu que d’informer les joueurs. Il faut donc les garder courtes, puisqu’elles ne font pas avancer la fiction. Notez que ces scène peuvent aussi servir de moment de relâchement entre deux scènes dramatiques très tendues, un peu comme une remontée lente dans des montagnes russes.

ET extra terrestreLes scènes spectaculaires, au cinéma, sont celles qui font la part belle aux effets spéciaux : les tornades de Twister, le vélo d’Elliott qui décolle dans E.T., les dinosaures dans Jurassic Park. On parle ici aussi de scènes sans conflit. Dans Jurassic Park, l’attaque du T-Rex est certes spectaculaire, mais c’est une scène dramatique puisqu’elle comporte un enjeu et du conflit. Ces scènes ont pour objectif d’amuser le spectateur, de créer l’effet Wow! qui scotchera le public à son fauteuil. En jeu de rôle, des scènes spectaculaires sont celles où le MJ parle tout seul, d’une voix forte. Il s’emballe, fait des grands gestes et montre le volcan qui explose (loin des PJ, sinon c’est une scène dramatique puisqu’il y aura l’enjeu de la survie immédiate des personnages), la base sidérale qui sort de l’hyper espace ou le passage d’un vol de dragons d’argent. Ici aussi, pas d’enjeu, donc faites cours. Quelques phrases bien senties suffisent, inutile de parler pendant 10 minutes de chaque coulée de lave. Votre objectif est d’emmener les joueurs avec vous dans un voyage à grand spectacle. Si c’est trop long, ça va les ennuyer, ce qui est l’effet inverse de ce que vous recherchez.

Enfin, les scènes dramatiques sont le cœur de la narration. C’est lors de ces scènes que l’histoire avance, que les personnages dialoguent, entrent en conflit, évoluent, vivent des émotions. Que ce soit au cinéma ou dans le jeu de rôle, ce sont les scènes les plus nombreuses et les plus importantes. Elles doivent avoir un enjeu, faire avancer l’histoire, et apporter leur lot d’émotions aux joueurs. Tout ce qui suit ne parlera que des scènes dramatiques.

Chaque scène est une histoire en concentré

Chacune de vos scènes est une histoire, avec un début, un milieu et une fin. Un début qui pose l’enjeu, qui pose la question dramatique à laquelle la scène devra répondre, un milieu qui fait monter la tension et un climax qui conduira les joueurs naturellement vers la scène suivante.

Une scène a trois buts : faire avancer l’histoire au travers d’un conflit, révéler des éléments sur les personnages et avoir un impact sur le public (dans le cas du jdr, les joueurs). Ici il faut différencier le jdr du cinéma. Si c’est bien souvent vous qui posez le conflit de la scène et mettez les choses en place pour provoquer des émotions, la révélation d’éléments des personnages n’est de votre ressort que pour ce qui concerne les PNJ. Ce sont les joueurs qui sont responsables d’exposer des éléments de leur personnage pendant la scène (et soyons francs, c’est assez rare).

Pour en revenir aux émotions, c’est vraiment là que de nombreuses scènes de jdr pêchent. Si la scène n’apporte aucune tension, qu’elle ne titille pas la curiosité des joueurs, qu’elle n’est pas fascinante, alors elle est émotionnellement neutre. Une scène neutre est une scène morte. Au cinéma on la couperait au montage. En jdr, il vaut mieux simplement ne pas la joueur… Mais rassurez-vous, c’est facile de créer de l’émotion, il suffit que la scène comporte un élément de conflit. On pourrait résumer le conflit en « quelqu’un veut vraiment quelque chose et il a beaucoup de mal à l’obtenir ». Attention, conflit ne veut pas spécialement dire combat. Un combat est bien sûr un conflit – et il doit comporter ses propres enjeux – mais un interrogatoire, une effraction, l’escalade d’une falaise, une approche furtive, une dispute, un débat tendu en sont tout autant.

Il est possible d’avoir une scène dramatique sans conflit. Dans ce cas, la scène promet un conflit à venir et met les éléments en place pour que les joueurs anticipent ce conflit. Cette anticipation est l’impact émotionnel que vous recherchez dans vos scène dramatiques.

Les éléments d’une bonne scène

Si vous voulez ajouter un impact émotionnel à une scène un peu banale, il y a toute une série d’éléments que vous pouvez y ajouter.

Un lieu marquant. Une discussion tendue dans un parc et la même discussion dans un entrepôt abandonné, ça ne donnera clairement pas la même scène. Penser au lieu où se déroule la scène vous permettra de présager de l’impact qu’il aura sur les joueurs.

Le bon moment. Comme pour le lieu, une même scène à midi ou à minuit aura un impact différent. Évidement vous êtes tributaire des choix des joueurs et vous n’aurez parfois pas le choix du moment. Mais si vous pouvez choisir, réfléchissez à l’impact que vous voulez donner afin de choisir le moment adéquat.

La météo. Toujours pareil, si vous avez le sentiment que votre scène manque un peu de piment, changez la météo. En termes d’impact, la pluie apportera certainement une ambiance plus négative qu’un soleil radieux. Pensez à du brouillard, de la bruine, de la grêle, un vent glacial ou au contraire une légère brise d’été, un ciel dégagé, etc. Reprenez le T-Rex dans Jurassic Park. Il fait sombre et il tombe une pluie battante, ça ajoute clairement une ambiance effrayante, surtout en contraste avec le côté léger des scènes qui précèdent (la présentation du parc par John Hammond et l’examen de la méga crotte de Tricératops).

Un lien de cause à effet. Tout ce que vous avez placé dans les scènes précédentes peut ressurgir et évoluer dans la scène en cours. L’exemple classique : si lors d’une scène précédente le groupe a découvert la trahison d’un de leurs amis, l’impact émotionnel sur les joueurs sera très fort lorsqu’ils pourront confronter ce traître et résoudre ce problème. Essayez de penser à un élément du passé à réintroduire dans votre scène pour donner ce sentiment de continuité. Cet élément peut être minime, une simple information glissée quelques scènes plus tôt. Prenons un exemple. Je ne sais pas moi, Jurassic Park, tiens. Le T-Rex attaque. Au début du film on nous a dit que son acuité visuelle est basée sur le mouvement. Quand la fillette allume la lampe torche, on comprend tout de suite que les problèmes arrivent et la tension monte d’un cran.

L’attitude des PNJ. Vous ne pouvez pas décider de l’attitude des héros, généralement joués par les joueurs. Mais l’attitude de vos PNJ aura un impact important sur votre scène. S’ils se comportent de manière agressive, s’ils ont l’air tellement sûrs d’eux que ça cache quelque chose, s’ils font mine de gagner du temps, etc., vos joueurs soupçonneront quelque chose. Soupçonner, c’est une émotion, bingo !

Un objectif qui apporte un conflit. Nous en revenons au fondamental « quelqu’un veut vraiment quelque chose et il a beaucoup de mal à l’obtenir ». Il vous faut maintenant déterminer les détails. « Quelqu’un », en général, ce sont les PJ. Ils « veulent vraiment quelque chose ». Que veulent-ils ? Une information ? Entrer dans un bâtiment ? Casser la gueule à quelqu’un ? Survivre à une embuscade ? Séduire un PNJ ? Rattraper la bagnole qui s’enfuit ? « Ils ont beaucoup de mal à l’obtenir ». Évidemment. Si l’objectif est facile, ça n’a aucun intérêt. Il faut donc que quelque chose les empêche d’atteindre l’objectif. Ça peut être un PNJ, l’environnement, ou les PJ eux-mêmes. Un PNJ, car si les PJ veulent une info dans une scène d’interrogatoire, c’est le PNJ interrogé qui fait de la rétention. L’environnement peut être le système d’alarme de la porte, la hauteur de la falaise à escalader, le vide spatial qui s’étend entre les PJ et la capsule de survie, etc. Les PJ eux-même peuvent être l’obstacle. Un PJ qui a la phobie de l’eau aura bien du mal à nager jusqu’à l’autre rive, même si la rivière est calme et étroite. Un PJ amoureux d’un PNJ aura bien du mal à tirer l’épée contre l’amour de sa vie. L’objectif est l’élément central d’une bonne scène. Si votre scène ne comporte pas cet élément de conflit, elle aura bien du mal à être intéressante.

Panic roomUn enjeu fort. C’est la suite du point précédent. Les PJ veulent un truc et quelque chose les en empêche. OK, et que se passe-t-il s’ils n’obtiennent pas ce qu’ils veulent ? Quel est l’enjeu du conflit ? Si l’enjeu est faible, la scène sera molle. Imaginons que les PJ veulent pénétrer par effraction dans une maison. Que se passe-t-il sils échouent ? Si l’enjeu se résume à « tant pis, ils n’y arrivent pas, ils repartent bredouille », c’est assez nul. Pensez plutôt à l’alarme. Elle se déclenche, du coup un voisin vient voir ce qui se passe. Et puis la police ou une société de gardiennage arrive. L’alarme met-elle en marche une webcam qui filme les PJ ? Bref, un bon enjeu ne se contente pas de répondre « non » à la question dramatique de la scène, il apporte des éléments à la fiction, que vous pourrez réutiliser plus tard (remontez trois points plus haut, vous verrez que c’est important).

Tous ces éléments sont vos sels, currys, piments, clous de girofle et noix de muscade qui vous permettent de créer de bonnes scènes. Mais ils ne suffisent pas. Nous l’avons dit, une scène est une histoire en concentré, il faut donc les structurer. Mais comme cet article est déjà bien assez long, nous aborderons le sujet dans sa suite à venir rapidement. En attendant, n’hésitez pas à commenter !