Archives mensuelles : février 2014

Qu’est-ce qui pousse dans les champs de pamplemousses ?

CupidonSaint-Valentin oblige, un petit article sur l’amour et les relations intimes dans nos parties de jeu de rôle. Il vous est certainement déjà arrivé qu’une (pseudo) romance se mette en place entre deux PJ, ou entre un PJ et un PNJ. C’est difficile à gérer sans que ça ne vire soit à la comédie potache ou que ça ne mette quelqu’un très mal à l’aise. Quelques réflexions sur le sujet…

Pourquoi ça nous met mal à l’aise ?

Les tables où le malaise est le plus perceptible sont celles qui comportent des joueuses. Alors je vous arrête tout de suite: point ici de discrimination, de dire que c’est mieux ou moins bien de jouer avec des filles, que les filles sont plus enclines à tel ou tel rôle plutôt qu’un autre. D’abord tous ces clichés sont faux (certifié vérifié par expérience) et ce n’est pas mon propos. Mon propos, c’est quand on a une table mixte, les mecs sont mal à l’aise d’évoquer les relations intimes face aux filles. Du coup ils ont des réactions bien basiques d’homme de Neandertal: ils font des blagues bien lourdes pour cacher ce malaise. Et ça marche aussi bien avec les jeunes qu’avec les adultes. Ce qui permet aux filles de confirmer que les hommes sont tous des obsédés et le sujet est vite mis aux oubliettes pour passer à autre chose.

Un autre type de malaise s’installe quand il y a romance entre joueurs, et non plus entre personnages. Imaginez: en tant que MJ vous voulez qu’un de vos PNJ séduise un PJ joué par une fille. Mais le petit copain de cette joueuse se trouve aussi à la table. Soit vous avez affaire à un mec mature qui fait bien le distinguo entre joueur et personnage et tout se passe bien. Soit le type va se sentir en danger, va se dire que vous utilisez le jeu de rôle pour lui piquer sa copine et hop, revoilà le malaise. (J’ai aussi joué à une table ou se trouvait un triangle amoureux. Sauf qu’une des pointes du triangle ignorait qu’il y avait un troisième larron. Ça s’est mal passé sur la fin quand le pot-aux-roses a été découvert. Évitez ça, c’est un conseil… )

J’ai constaté un troisième type de malaise qui vient du caractère transgénérationnel d’un de mes groupes. Là j’ai deux ados dont les parents sont aussi à la table. Du coup si vous évoquez les relations intimes avec eux, vous doublez le malaise. D’abord comme j’ai deux fois leur âge, ils trouvent bizarre d’évoquer l’amour avec moi. Et ensuite, ils sentent que leurs parents deviennent soudainement plus intéressés par ce qu’ils disent. Hop, coucou, c’est le malaise qui revient…

Pourquoi parler romance dans votre partie ?

Pour la même raison que le reste: il faut que ça apporte quelque chose à l’histoire. Si ça n’a pas d’intérêt, ne prenez pas l’initiative d’une relation amoureuse entre un PJ et un PNJ. Mieux vaut éviter d’inviter le malaise à table si ça n’apporte rien à votre fiction. Et si un de vos joueurs semble insister pour construire quelque chose avec un PNJ, alors assurez-vous que ça soit intéressant. Sinon faites court (voir « less is more », plus loin) et passez à autre chose.

When Harry Met SallyEt comment une romance avec un PNJ peut être intéressante pour l’histoire? Simplement en faisant de ce PNJ un pion important de votre narration. L’amoureux(se) du PJ peut fournir des informations au groupe car il est bien informé sur un sujet (la secrétaire du maire, le bras droit d’un baron du crime, un(e) journaliste d’investigation, un amateur éclairé du Mythe, la femme d’un M. Johnson, les possibilités sont infinies). Le PNJ peut aussi devenir le commanditaire d’une ou plusieurs missions. Un malheur à un proche du PNJ, et le voilà qui demande de l’aide au groupe pour retrouver son vieux père, découvrir le remède à sa malédiction, sauver le centre pour enfants en difficulté dont il s’occupe de la destruction par un conglomérat immobilier, etc. Et pourquoi pas frapper carrément où ça fait mal et kidnapper le PNJ? Retrouver son amant sera très important pour votre joueur, il n’en sera que plus impliqué. Et si vous vous sentez d’humeur à pousser les émotions de vos joueurs dans leurs derniers retranchements, mettez une balle dans la tête du PNJ et vous voici avec un beau scénario de vengeance.

Il y a une chose que je ne conseillerais pas de faire, c’est de mettre en place la trahison du PNJ. Ce retournement de situation peut donner une grande scène et une fin de scénario haletante, mais ça mettra un terme à vos tentatives de créer des relations intimes entre PJ et PNJ. Car à chaque fois, vos joueurs se méfieront et ce sera un coup dans l’eau. À vous de voir si vous voulez frapper fort une fois ou si vous voulez continuer à construire des romances entre les PJ et vos PNJ.

Diminuer le malaise

Bon, vous avez l’opportunité de mettre en place une romance entre un PJ et un PNJ et ça peut apporter quelque chose à votre histoire. Bien, mais reste le problème de la gestion du malaise. 3 petits trucs pour éviter les pièges…

1. Less is more

Point trop n’en faut. Inutile d’insister sur le premier regard, la première rencontre, le premier rendez-vous, le second, le troisième, le premier moment intime, la première partie de Romance Érotique, la première crise, la réconciliation, la rencontre avec les parents, le premier city trip en amoureux, etc. Je sais qu’il faut que ça fasse « vrai » pour que le joueur se sente impliqué, mais c’est inutile d’aller trop loin. D’abord parce qu’on peut rester court et simple et bien faire passer le message, et ensuite parce que cette romance met un joueur sous les feux de la rampe, et que que vous en avez d’autre qui méritent tout autant leur moment de gloire. Bref, moins vous en faites, moins ça risque d’attirer le malaise à votre table.

2. Ne forcez pas le roleplay

C’est toujours mieux de jouer les interactions sociales avec les PNJ par le roleplay. Oui, mais ici votre premier objectif est d’éviter le malaise. Rares sont les joueurs qui vont se sentir super à l’aise de jouer les dialogues d’une séduction face à un MJ qui ne l’attire sans doute pas spécialement et devant les autres joueurs qui n’attendent qu’une infinitésimale brèche pour lancer la première blague potache. Et imaginez le joueur qui sent le regard des joueuses sur lui pour voir comment il se débrouille pour séduire… Ou cet ado qui sent sa mère juger comment il traite les filles… Ou cet autre joueur qui voit sa petite copine fricoter avec le MJ sous ses yeux… Bref, jouer ça de manière descriptive peut suffire: « OK tu l’invites à dîner, elle accepte, vous passez une super soirée, tu la raccompagnes chez elle, un pieux au revoir et tu rentres chez toi après avoir lu dans ses yeux qu’il y aura un second rendez-vous et que ça peut marcher entre vous ». Avec ça tout le monde est content. Le joueur a bel et bien le sentiment qu’il a séduit, le groupe n’a pas du se coltiner toute la scène du dîner, vous n’ouvrez pas la porte aux blagues idiotes, et vous avez atteint l’objectif de faire entrer cette PNJ dans la vie de votre groupe. Et le malaise ne s’est pas invité.

3. Laissez Marc Dorcel en dehors de l’histoire

InterditPas d’œillères: lorsque deux êtres humains entament une relation, si ça marche, ça finit souvent sous les draps (ou sur le plan de travail de la cuisine ou la banquette arrière d’une voiture). C’est facile de saisir cette occasion pour vous la jouer « 50 nuances de Grey » et tomber dans la description explicite. Laissez tomber. Ça n’apporte clairement rien à votre histoire et c’est la porte ouverte aux problèmes. Vous pourriez gêner vos plus jeunes joueurs (OK, à l’ère de Youporn ils ont peut-être déjà tout vu mais tout de même). Et je ne vois pas comment vous pourriez empêcher les autres de mettre leur grain de sel et d’en rajouter une couche. Et puis vous passerez pour un pervers, ce qui gâchera votre belle aura de MJ auprès de vos joueuses…

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Conclusion: pour vous autoriser à mettre en jeu une romance entre PJ et PNJ, assurez-vous que ce soit utile à l’histoire et n’en faites pas trop.

Et vous, avez-vous déjà joué une telle histoire d’amour ? Comment cela s’est-il passé ? Avez-vous des conseils à partager ? Faites-nous part de vos expériences en commentaire !

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