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Journal d’un démon en campagne

Je ne sais pas si vous aussi vous l’avez remarqué mais en cette période de fin d’année, il est de bon ton de faire des bilans. On voit fleurir sur tous les blogs des bilans en tous genres : les livres que nous avons lus et aimés ou détestés, les articles que nous avons rédigés et qui ont eu leur petit succès, les jeux auxquels nous avons joué et les promesses que nous n’avons pas tenues pour des raisons toutes plus valables les unes que les autres.

Je me suis donc dit qu’il serait peut-être bien de poser ma main sur ma tête et de faire le bilan non pas de cette dernière année de jeu de rôle mais de mon évolution en tant que joueuse.

Et là, je dois être honnête et vous confesser une chose affreuse… J’ai mis le doigt dans un engrenage qui me dépasse… J’ai des péchés en vrac qui me trainent aux guêtres. Je pourrais dire que tout n’est pas de ma faute. Je pourrais par exemple dire que tout ça, c’est la faute de mon ami Etienne, après tout, c’est lui qui a fait les propositions de jeux… Je pourrais dire que j’ai dû m’incliner face à la majorité. Mais… Mais, ce ne serait pas honnête. Et si je suis devenue un être trouble en perdition, je veux garder ma dignité et ne pas renier ce que je suis devenue : un démon !

Rien moins que ça !

Et oui, mes amis ! Que cet article vous serve et vous mette en garde : lorsqu’on fait du jeu de rôle, on ignore parfois jusqu’où on sera entraînés. Pour ma part, j’ai débuté dans la peau d’une gentille demi-elfe druidesse enfonceuse de portes et tueuse de rats pour me repaitre à présent des malheurs de la race humaine. Une fois par mois, j’ôte mes oripeaux de dame bien élevée pour laisser parler la bête qui sommeille en moi. L’odeur du soufre m’exalte, les cris d’agonie me réjouissent et les relents de mal sont seuls susceptibles d’éveiller mes appétits.

A ma décharge, ma déchéance fut progressive. Lorsque nous avons lancé la partie d’In Nomine Satanis, j’avais quelques remords. On m’entendait contester des décisions : « On ne va quand même pas bousiller la vie d’un gamin de 12 ans ? Sans blague, les gars, c’est horrible ce que nous envisageons de faire ! ». Je jure solennellement que j’ai poussé de hauts cris lorsque mes camarades ont émis l’idée d’envoyer des petits messages de harcèlement sur son mur facebook. Et vraiment, cela m’a posé des problèmes de conscience ! Je ne suis pas parvenue à m’éclater lorsque notre stratégie aussi machiavélique que bien huilée a porté ses fruits et que le gamin en question a enfoncé le porche de son école avec la moissonneuse-batteuse de son papa, provoquant la mort du gardien. La lutte intérieure m’agitait en permanence. Au point que je me risquai, imprudente, à raconter mes péripéties en dehors du cadre des initiés. Mal m’en a pris. Les regards de mon entourage se sont teintés de commisération pour l’être que j’étais devenue. Vous n’imaginez pas comme il est difficile de supporter cette pitié qui suinte à votre égard lorsque vous vous égarez dans des confidences sur vos passe-temps du mois. Comme si je déballais ma petite vertu aux yeux de tous et qu’il fallait me remettre sur le droit chemin. J’ai ainsi expérimenté les regards épouvantés et surtout emplis d’incompréhension : mais comment peut-on tomber si bas ?

J’aurais pu – j’aurais dû – m’arrêter là et dire à mes compagnons : « Stop, on change de jeu ! ».

La vérité est que je m’amusais trop : j’ai pris goût au sang, à la ruse et à la fréquentation de mes potes démoniaques. Et je m’esclaffe grassement en proposant d’éclater les rotules du pauvre gars qui a eu le malheur de se mettre en travers de notre chemin.

Ai-je des circonstances atténuantes ?

Ben, d’abord, je suis un démon. Ça n’aide pas à avoir d’états d’âme, je trouve, personnellement. Et puis, je fais partie d’un groupe vraiment sympa. Ça crée des liens, je m’en voudrais de les laisser tomber.

Et puis, en y réfléchissant bien, je ne nous trouve pas si affreux que cela. Tenez, à nous 4, nous avons réussi à stopper Jack l’éventreur, revenu d’entre les morts par une porte dérobée, et capable de prendre possession d’humains faibles et débiles pour tuer à qui mieux mieux.

Ah ! C’est pas rien ça, non !

Vous voulez une autre preuve que nous ne sommes pas si infernaux qu’il y parait ? Soit.

Depuis quelques temps, nous travaillons en partenariat avec des anges. Bon, c’est la honte, ils puent et sont vraiment chiants mais c’est bien une preuve que notre œuvre n’est pas si condamnable que cela, non ?

Et puis, mes collègues de travail font preuve d’un tel enthousiasme dans l’exercice de leur mission, ils sont parfois dotés de traits de génie qui forcent mon admiration et mon respect : la dernière fois, par exemple, l’un d’entre nous s’est métamorphosé en sosie pour nous permettre de régler son compte à un fou furieux. Ah, ce n’est pas donné au premier venu, ça vous épate, hein !

Alors, oui, je le clame haut et fort : c’est trop cool d’être un démon ! Ca pêche, ca se gondole, ça se fritte avec des costauds. Et plus le temps passe, plus j’aime ça. Le fait que nous n’ayons plus croisé d’enfants sur notre route m’aide peut-être. Bon, oui, c’est vrai, il y a eu des mariés explosés pour la cause, mais on ne va pas non plus en faire un fromage, quand même ?! Non mais c’est vrai quoi.

Ah oui, pour terminer cette confession, je dois encore admettre une dernière chose : à partir de janvier, j’endosse en plus le rôle d’une naine prêtresse dans Pathfinder. Je vous tiendrai au courant, promis. Mais je peux déjà vous dire un truc : les dés restent mon pire ennemi. C’est pour ça que j’aime INS, que des dès 6, c’est trop de la balle ! Comment ça, je cause ringard ???? Et mon poing dans ta g… tu veux voir s’il est ringard ?

(Oups, sorry, une rechute, toutes mes confuses !…)

Allez, joyeux Noël et bonne année à vous 🙂


Itinéraire d’une rôliste nouvellement née ( épisode 8)

Ce mois de septembre est un peu particulier pour moi et je tenais à vous faire partager ce qui, à mes yeux, a tout d’une commémoration : le 11 septembre 2011, je commençais à jouer à Donjons et Dragons ! Deux ans qui ont filé à toute allure. Puis- je me proclamer rôliste à part entière à présent ? J’avais envie de penser que oui. Et bien non ! Non, mes amis ! Deux ans n’ont pas suffi à m’aguerrir complètement et je reste encore bien des fois perplexe face à mes camarades de jeu.

Pourquoi donc me direz-vous ?

Peut-être parce que mes capacités intellectuelles ne sont pas suffisamment développées penseront certains. Certes, cette hypothèse n’est pas à écarter. Néanmoins, dans un accès de douce illusion, je vais me persuader que là ne réside pas l’entièreté du problème.

Le choix du bon dé, bien sûr, continue joyeusement à me pourrir la vie. Soit.

Mais il y a aussi ce vocabulaire utilisé qui me fait observer mes compagnons d’aventures d’un œil éteint :

Exemples :

–          « C’est sûr que ce système PMT n’a plus rien à cacher. »

Comme ils sont tous plus ou moins informaticiens, vous vous dites bêtement que la conversation a dévié sans que vous vous en rendiez compte. De fait, la conversation a dévié mais pas dans le domaine informatique. Non, non, non. PMT signifie tout simplement « Portes, monstres, trésors » découvrez-vous quelques secondes plus tard lorsque votre maître de jeu préféré remarque votre mine déconfite.

–          « C’est quoi cette saleté ! » «  Ben, c’est un PAC et t’es tombée dedans ! »

Vous n’osez rien demander, vous êtes sûre que vous allez avoir l’air d’une conne. De fait. « PAC pour piège à cons ». Sourires narquois de vos aventuriers chéris.

–          « Fais-moi un JP »

Vous vous jetez sur votre dé 20 (vous savez que lorsqu’on jette à D&D, c’est le dé 20. Mais après… avec quoi faut-il additionner (il faut toujours additionner – ce jeu devrait être utilisé dans toutes les classes de mathématiques, on comprendrait mieux leur utilité !) ?  Le maître précise : c’est un jet de protection, de sauvegarde quoi. Faut mettre ton bonus de … » Ooooh !

Et enfin, cette dernière anecdote, lancée par votre deuxième MJ préféré : « TGCM, ma vieille ! Y a pas à discuter » lancé alors que vous protestiez contre un événement dans HEX, événement que vous jugiez improbable. « Quoi TGCM, c’est quoi encore ! » Ben, c’est «  Ta gueule, c’est magique ! ».

Que voulez-vous encore rétorquer après ça !

Heureusement, à côté de ces petits accrochages cornéliens, vous avez également vécu de très chouettes moments au cours de ces derniers mois. Ainsi, vous avez eu l’occasion de vivre une aventure dans un autre groupe de D&D ( niveau 12, les mecs, Wow, ça décoiffe !). Invitée à observer, puis à participer de manière impromptue par le MJ, vous avez ainsi eu l’honneur de converser avec un nain guerrier qui n’a pratiquement pas besoin de ses dés pour tuer son adversaire, un nain avec du charisme ( si si, ça existe, je n’en suis toujours pas revenue – était-ce parce que j’étais moi-même devenue naine le temps d’une soirée, toujours est-il que je l’ai kiffé à donf les ballons !), une partie de D&D basée non sur les combats mais sur des énigmes à résoudre. D’après les dires de mon homme, c’était la première fois que ça leur arrivait de jouer « roleplay » de cette manière, dans cette campagne ( Pour les connaisseurs, il s’agit de Retour au Temple du Mal Elémentaire). En tous cas, ça m’a plu et j’ai adoré surprendre tout le monde par mon arrivée intempestive au sein de la partie.

Enfin, vous avez appris qu’il existe des compagnons de table avec lesquels c’est infiniment plus gai de jouer qu’avec d’autres et que pour qu’une table continue, il faut s’entourer de rôlistes qui partagent avec vous un certains nombres de caractéristiques sous peine de trop vous prendre la tête. Je remercie donc vivement ces groupes avec lesquels je partage de si sympathiques moments. Et je vous souhaite à tous d’avoir cette chance de croiser à votre table des partenaires de jeux dignes de votre humour et de vos capacités intellectuelles (même si elles ne volent pas plus haut que le derrière d’un cochon ^^)

Ciao à tous et bonnes aventures rôlistiques!


Itinéraire d’une rôliste nouvellement née (épisode 7)

Nous sommes des ânes. (Et c’est pas gentil pour les ânes…)

Il y a des avertissements dont on ne tient vraiment pas assez compte. Et pourtant, ils sont présents tout autour de nous.

Des exemples ?
1) La cigarette tue (écrit en grand sur le paquet lui-même).
2) L’alcool détruit votre vie et celle des autres.

C’est assez clair pourtant ? On ne vous cache rien.

D’autres mises en garde sont certes plus subtiles mais diffusées en permanence autour de nous : « avoir des enfants, ça vous change la vie », la plupart des non-parents veulent d’abord penser à l’aspect positif que doit revêtir cet adage : l’amour qui remplit votre vie. Les joies de la parentalité. Ils préfèrent ignorer le côté obscur de la formule évoquée pourtant par les amis les plus sincères : les nuits blanches, les couches pleines, les poussées dentaires, la disparition totale d’intimité ( y compris dans les toilettes !), la mort de votre vie sexuelle ( ou presque) et cela sans parler du long terme : la nécessité d’être autoritaire tout le temps sous peine de voir votre enfant se transformer en tyran, l’adolescence qui pointe le bout de son nez, les crises, les conflits…
On ne peut pas dire qu’on n’a pas été prévenus ! Mais, parce que malgré les mises en demeure, l’humain reste une vraie tête de mule, il fonce dans de nouvelles expériences qui transforment – pour le meilleur et pour le pire – sa vie !
Ainsi en a-t-il été pour moi : j’ai fait des enfants ( deux, merveilleux, adorables … exténuants) ET j’ai mis le doigt dans l’engrenage du jeu de rôle.

Et ma vie n’a plus rien à voir avec avant.

Illustration ?

Illustration.

Avant :

Programme de la soirée ? Télé, lectures, …

Maintenant :

vous hésitez : un p’tit jeu, peut-être ?

Avant :

On fait quoi vendredi ?

Heu ?…

Maintenant :

C’est ce vendredi qu’on joue à D&D ?

Ah ! et l’aut’ là, il nous oublie ou quoi pour terminer le scénario de Hex ? Paske ça commence à faire long, trois mois sans jouer !!!

Avant :

Tu fais quoi ?

Je lis un super bouquin.

Maintenant :

Tu fais quoi ?

Je lis un bouquin. C’est chouette. A mon avis, l’auteur a dû faire du jeu de rôle. (Ttt tt tt, pathétique, non ?)

Même dans des activités qui n’ont a priori rien à voir avec le JdR, vous avez été transformée : vous animez un atelier d’écriture. Tout se passe bien. Et puis vous vous apercevez soudain que vous avez placé au centre de la table une carte représentant les lieux de l’histoire où vont évoluer les personnages de vos participants. Ce n’est pas un donjon mais vous n’en êtes pas très loin… Flippant, hein ?

Et oui. Le JdR a changé votre vie. Vous ne lisez plus de la même façon certaines histoires, vous les projetez en scénario rôliste. Et lorsque vous menez vos écrivains, vous leur faites jouer un rôle, vous empruntez sans vergogne les pratiques tirées des maîtres fréquentés : ambiance sonore et images pour s’imprégner davantage.

Vous ne regardez pas les gens de la même façon. Au lieu de vous dire : tiens, il/elle a l’air sympa, vous demandez « le JdR, tu connais? » et après quelques minutes de conversation, vous essayez de recruter pour votre table…

Même la façon dont vous jouez à d’autres jeux s’est modifiée!
A moins de vivre sur une autre planète, vous avez sûrement entendu parler de X Wing, le jeu de figurines issu de l’univers de Star Wars. Et bien mon homme a acheté. La première séance a été très drôle (je l’ai gagnée, cela doit être pour ça) mais je suis ressortie de là un peu frustrée. Et puis j’ai eu la révélation : nous devions davantage pousser l’ambiance. Ni une ni deux, l’homme a trouvé la musique de Star Wars. La seconde partie a été bien meilleure (pourtant, je l’ai perdue :-/).
Et si vous vous mettez à faire les voix de Luke ou de Dark Vador, c’est encore mieux ( bon, d’accord, la respiration sifflante est un peu fatigante à tenir mais bon, il faut savoir souffrir pour le jeu).

On ne le répétera jamais assez : le côté obscur du jeu est fort. Très fort.
Alors résistez. Ou pas.

La force soit avec vous ( ou pas) 🙂 !


Itinéraire d’une rôliste nouvellement née ( épisode 6)

Non, je ne suis pas morte entre les dents d’un cruel dragon ou trahie par les membres de mon groupe ( le nain, pourtant, fait de son mieux en lançant sa hache – n’importe comment, cela va de soi).
La réalité est plus dramatique que cela : la vie, la vraie vie, celle où l’on se lève tous les matins pour aller bosser, où les enfants ne sont sages que chez les autres, où les factures s’accumulent et où ménage, repassage, lessive et courses sont les dangers les plus fréquents et répétés de votre rôle d’aventurier, la vie donc s’est chargée de faire de moi une loque, une épave humaine. J’ai donc traîné ma carcasse de mon matelas à la salle de bain puis à ma voiture pour aller donner « cours » à mes élèves aussi intrépides que des moules bretonnes accrochées à leurs rochers avant de récupérer mes filles déchaînées et exténuantes. Hagarde, je corrigeai copies ineptes et m’attelai aux corvées routinières avant de retrouver mon matelas pour des nuits mauvaises. Bref, il a fallu que le temps de Noël revienne pour qu’enfin, je savoure mon métier de prof en VACANCES( et oui, je verse dans la caricature à présent)…
Bon à côté de cela, faut pas déconner non plus, j’ai vécu ma vie de rôliste et de joueuse. Je poursuis mes pérégrinations dans Donjons et Dragons avec un plaisir évident et je découvre un autre JdR – HEX- avec un autre MJ et d’autres rôlistes à ma table.
Et là! Là, c’est la surprise totale!!!
HEX est simple à jouer. C’est Indiana Jones, version JdR. Règles insignifiantes. Et nouvelle façon d’aborder le jeu qui au départ me laisse perplexe. En effet, si vous faites partie de mes lecteurs assidus, vous vous souviendrez sans doute que je suis secrétaire dans D&D. Un rôle que j’aime parce qu’il me permet de suivre et de mieux comprendre ce qui se passe. Un rôle qui m’a permis de collecter un certain nombre d’anecdotes qui ont eu, je l’espère, l’heur de vous plaire.
Et bien, dans HEX, alors que je me tenais attentive, le bic à la main, impossible de prendre des notes!

Ciel!
Fichtre!
Saperlipopette!

L’intrigue file à toute allure.
Le MJ nous entraîne à gauche à droite comme des fêtus de pailles. Je n’ai pas eu le temps de me présenter à mes équipiers que nous voilà déjà à bord d’un train en pleine fusillade!
Ca crépite, ça tire, ça crie, ça canarde, ça « nunchaku » dans tous les sens. Dans ces cas-là, croyez-moi, vous lâchez votre bic, relevez vos jupons et vous vous jetez dans la mêlée.
Vous ressortez de la soirée un peu échevelée. Pratiquement incapable de vous souvenir de ce qui s’est exactement passé.
Pas de carte à dessiner, pas de longs palabres pour négocier si il faut éviter cette porte protégée par une gigantesque statue à l’air menaçant. Pas de règles strictes à respecter. Même les dés sont simplissimes.
Inquiète, je me suis couchée et me suis posée cette angoissante question : D&D est un jeu de rôle. Hex aussi?
Oui.
Mais voilà, il y a JdR et JdR. D&D peut se jouer longtemps. Hex… c’est plutôt un jeu « d’un coup ». On ne s’attache pas, on s’amuse bien et puis on passe à autre chose.

Deux autres points positifs sont également à souligner :
D’abord, la découverte d’un autre style de MJ qui pense notamment à mettre de la musique d’accompagnement. Au début, j’ai apprécié moyennement parce que cela perturbait ma concentration. Et puis, je me suis rendu compte que je ne devais pas être concentrée et j’ai profité de ce bonus à l’ambiance.
Ensuite, la possibilité d’examiner d’autres joueurs en action. L’adepte du nunchaku en toutes circonstances ( troublant mais sympathique) et le novice qui semble avoir fait ça toute sa vie. Ce qui me permet de clamer haut et fort qu’il y a des gens qui sont faits pour le JdR. Ne manque parfois que l’occasion de basculer dans la marmite 😉
Enfin, j’ai réalisé que toutes ces expériences de rôlistes m’ont transformée, y compris dans les situations où normalement, le JdR n’a rien à faire. Mais ça, c’est une histoire que je vous conterai peut-être plus tard.

En attendant, je vous souhaite à tous une merveilleuse année 2013.


Itinéraire d’une rôliste nouvellement née (Episode 5)

A quoi reconnaît-on les Joueurs (qu’ils soient rôlistes, pousseurs de pion ou faiseurs de guerre) ? C’est une question que vous êtes en droit de vous poser si vous souhaitez éviter de vous retrouver dans la même situation que moi par exemple.

Pour le non-initié, les joueurs sont des avatars du geek tel que certaines pubs ou séries (regardez l’excellentissime Big Bang Theory) le présentent : malingre, tout pâle, de grosses lunettes qui dissimulent vainement un regard chassieux, les cheveux gras et le look décalé voire cradingue. Ou alors, c’est le gars (oui, les joueurs sont plutôt masculins pour le non-initié) qui est énorme, laid, gentil et célibataire. S’il vit encore chez sa maman, c’est mieux.

Pour ceux qui, comme moi, ont été acceptés dans ce cercle très particulier (comme le sont tous les cercles), cette image fait rire car rien ne permet a priori de distinguer un joueur d’un être humain civilisé. Certes, les stéréotypes existent bel et bien mais il faut avouer qu’ils ne sont pas majoritaires. Il y a d’ailleurs beaucoup de filles (souvent bien roulées, hélas) qui fréquentent ce milieu.

Alors ?

De mes quelques années de fréquentation assidue d’un joueur en particulier et de ses « petits »  camarades, je peux néanmoins dégager certains signes susceptibles de vous mettre la puce à l’oreille :

  • Le métier : le joueur est souvent lié au monde de l’informatique. Il occupe souvent des postes sérieux. Porte le costume et la cravate. Une autre profession assez représentée est celle de la police. Méfiez-vous donc si vous côtoyez quelqu’un travaille dans ce secteur, le risque d’avoir affaire à un joueur est grand.

 

  • Les intérêts (en dehors de ce qui a trait au jeu naturellement) : les passions des joueurs sont poussées à l’extrême. Il peut s’agir de certaines collections étranges : les boîtes de Lego de Star Wars encore sous cellophane, les dessins animés de Pixar, les séries TV, les répliques de certains films cultes comme les bronzés, le gendarme de St Tropez, Le père Noël est une ordure… Enfin, une totale dévotion à la saga star wars et à son infâme représentant Dark Vador.

 

  • La possession des nouvelles technologies : iPod, iPhone, iPad n’ont aucun secret pour eux. Et l’accès à internet (illimité) leur permet de regarder des sites de première importance : le site qui diffuse la série Noob ou Bref…

 

Si vous croisez une personne qui possède plusieurs de ces caractéristiques, la prudence est de mise !

Mais s’il est une chose qui doit surtout vous faire surtout peur, c’est l’humour du joueur.

C’est un humour qui

–          ne fait rire personne sauf le joueur lui-même

–          est assez grossier (Où je trouve ça ? DTC, mon vieux, DTC)

–          est basique mâle (warf warf) mais se dit philosophe.

–          est axé sur les sous-entendus salaces

Quelques exemples ?

–          « J’ai besoin d’un brasero, j’ai besoin d’un brasero ! »

Le nain s’approche : « quelqu’un a besoin d’un bras zéro ? Je suis dispo ! »

–          « Tu as un gourdin ? »

–          « Ca va te servir à quoi ? »

–          « Faut vraiment que je t’explique ? »

–          « Oh oui, sors ton gourdin ! » Gloussements lubriques.

Vous voyez le genre. Je sais c’est pitoyable mais c’est surtout, surtout terriblement contagieux ! Je me surprends de plus en plus souvent à rire aux propos de mes compagnons d’aventure et même à n’être pas la dernière à divaguer (notre dernière séance de JdR s’est ainsi transformée pour moi en une superbe campagne de playmobils où je faisais parler les figurines sur la carte).

Soyez donc méfiants puisque pour moi il est trop tard. La contagion est telle que je suis obligée d’avouer que j’ai accepté de participer à une seconde table. Oui, j’avoue.

Et le pire ?

J’ai même pas honte !.


Itinéraire d’une rôliste nouvellement née (épisode 4)

Et bien voilà. Nous y sommes. Plus moyen de reculer.

Les joueurs se présentent à l’heure convenue. Au départ, tout semble normal. Bien sûr, vous êtes stressée mais jusqu’à présent, vous avez l’air de les comprendre. Même, vous trouvez les garçons sympathiques. Vous en êtes presque à chanter « Sandrine, je m’appelle Sandrine… »

Mais seulement voilà, votre groupe d’aventuriers rencontre des rats. Ca n’a pas l’air comme ça, mais c’est tenaces, ces sales bêtes. Vous entamez donc votre premier combat. Adieu toute trace de détente, l’angoisse vous prend à la gorge. Sans savoir pourquoi, la musique de psychose vous revient, lancinante, en mémoire.  Vos mains sont moites. Vous ne savez plus par quoi vous devez commencer. Vous regardez les autres, attendant en vain un signe. Rien. Tu parles d’une équipe : c’est du chacun pour soi oui ! Et la suite va vous prouver que vous vous êtes trompée sur leur compte de bout en bout : pas de sympathie à attendre. Vous vous êtes acoquinée avec des vauriens.

Une preuve ?

Vous voulez une preuve ?

Très bien : les dés.

Ah ! Je vois d’ici les sourires condescendants de ceux qui savent… Pour résumer, je dirais qu’il y a les dés avant la vie de rôliste et les dés de la vie de rôliste.

Avant : On joue ?  Ouais. A quoi ? Monopoly ? Trivial Pursuit ? T’as des dés ? Ben ouais.

Pendant : On joue ? Ouais. A quoi ? D.D 3.5. T’as des dés ? Attends, je sors mon sac.

Et oui : le sac de dés du rôliste est un accessoire auquel vous n’avez pas suffisamment prêté attention. Oh votre homme est un jour rentré du salon Essen tout enthousiaste à cause de sa collection de dés mais vous n’avez pas regardé attentivement. Vous avez souri, comme on sourit devant un gamin qui joue avec son train électrique.  Grossière erreur.

Dont vous prenez instantanément conscience lorsque le Maître tousse et vous rappelle avec une feinte compassion : Le dé 20.

Quoi le dé 20 ?

Vous contemplez stupidement le tas de jolis dés offerts il y a une semaine par votre bien-aimé.

Le maître, embarrassé : le dé 20, Sandrine. Pour faire ton jet d’initiative…

Au hasard, vous prenez un dé qui ne ressemble pas à ceux que vous connaissez.  Rires contenus.

–          « Ca, c’est un dé 10 »

–          « Ah non, ça c’est un dé 100 »

Ils se marrent, ces gorilles !

Enfin, l’un des garçons vous prend en pitié et vous désigne le bon dé. Il vous murmure : » c’est celui qu’on utilise le plus ».

Vous décidez de ne plus lâcher ce dé de la soirée. Sauf que quelques minutes plus tard ( vous êtes toujours aux prises avec ces sales bêtes de rats… bon d’accord, je suis druide, je dois m’enthousiasmer pour ces petites bestioles… mais quand même !), le maître vous demande ce que vous faites.

Vous ne faites rien. Vous clignez désespérément des yeux. Une soudaine inspiration vous engage à porter tout le poids de votre incompétence sur votre toutou. Vous lui dites d’attaquer.

–          « Ok, tu touches. »

Vous souriez, ravie. Ouf.

–          « Alors ? »

Mince, c’est pas fini ?   – « Ça ne suffit pas de toucher ? »

– Ben non, faut voir les dégâts.

– Ah ?

Gentiment, comme on s’adresse à une attardée mentale ou à une blonde, on vous montre les informations disponibles sur votre feuille de personnage.

–          « Tu dois utiliser un dé 6 »

–          « C’est lequel ? »

Tout le monde se poile. Même vous.

Pour compenser, vous plongez la main dans le sachet de M&M’s placé sournoisement devant vous. (Femmes, si vous voulez surveiller votre ligne, ne participez JAMAIS à un jeu de rôle : on vous rend accro aux M&M’s).

Vous vous sentez tout de suite mieux (c’est ça qui est terrible avec les M&M’s). Du coup, vous retrouvez votre humour légendaire.

Vous plaisantez, vous lancez des piques, vous jouez avec les mots. Bref, vous êtes irrésistible ! Oui, oui, ir-ré-sis-ti-ble, vous insistez !

Groooooooossse erreur !

Grosse.

Que dis-je ?

Enoooooooooooooooooooooorme erreur !

Kolosâle erreur.

Les mâles vont se lâcher.

Et vont vous faire découvrir tout le sel de l’humour rôliste. Car il y a un humour rôliste. Enfin, du moins, c’est ce que les rôlistes vont tenter de vous faire gober.

Vos M&M’S ont du mal à passer. Brrr.


Itinéraire d’une rôliste nouvellement née (épisode 3)

– « Jeune apprentie, tu es prête pour accomplir ta première mission. »

– « oui, mon maître ».

Vous êtes nerveuse comme une jeune première à la veille de son bal aussi ne vous formalisez-vous pas de cette nouvelle lubie qui a pris votre cher et tendre depuis qu’il joue à Star Wars – The Old Republic – et qu’il se prend pour l’empereur. Après tout, en tant que MJ, il a bien le droit à quelques frissons mégalomanes, non ?

D’autant que votre homme vous a courageusement expliqué les règles de D&D3.5, qu’il ne vous a pas fait fuir et…. Qu’il a trouvé des joueurs pour vous accompagner dans vos aventures.

Bon, d’accord, ce n’est pas vraiment ce dont il était convenu au départ et vous vous sentez inquiète. Mais bon, reconnaissons-lui ce mérite : il a tenu sa promesse.

Alors. Qui, me demanderez-vous ?

Heu… comment dire ? C’est assez difficile à décrire. D’abord, à part vous, il n’y a aucun autre débutant.

Ensuite, ce sont tous des mecs (enfin, je crois).

Sur votre droite, il y a B. De prime abord, il a l’air gentil. J’ai bien dit de prime abord. Il est MJ d’une table de D&D 3.5 à laquelle participe votre homme. Il connaît les règles sur le bout des doigts ou presque. Il sera Haldémar, un prêtre de Tyr un tantinet fanatique et pointilleux sur la justice.
Toujours sur votre droite, vient ensuite G. Un papa d’élève de l’école fréquentée par vos filles. De lui, vous ne vous méfiez pas. Vous ne le connaissez presque pas. La suite vous prouvera que vous aviez tort (de ne pas vous méfier). Il sera Tordrek, le nain guerrier du groupe. Enfin, il tente de nous faire croire qu’il sera un guerrier. La aussi, vous vous rendrez très vite compte, qu’un nain, ça raconte nain porte quoi (humour rôliste, découvrez-vous).

A votre gauche, A. le beau-frère de H. « Honnête » commerçant halfelin, Garret est notre roublard.

A ses côtés, H. encore un papa d’élève (on ne se méfie jamais assez des papas, vous ne verrez plus la cour de récréation du même œil après cet article). Lui, vous le connaissez un peu. Vous savez déjà qu’il est joueur, malin. Ce demi-elfe vous rassure (quelle erreur !) puisqu’il est des vôtres. Très impliqué par son personnage. Myril est ensorceleur.

Face à vous, le MJ. Il a l’air presque aussi perdu que vous ( bien fait, il n’avait qu’à pas vous entraîner dans une partie avec que des mecs qui ont déjà joué au JdR, na !).

Pour nous organiser, Haldémar a proposé que nous nous attribuions des rôles. Vous avez endossé la dure tâche de prendre des notes pour résumer les parties. A posteriori, vous conseillez à tout débutant de faire pareil : rien de tel pour revivre les moments les plus intenses de vos aventures et en retirer toute la substantifique moelle. Et puis, c’est tellement cocasse de noter les remarques complètement loufoques de vos camarades que vous prenez un vrai plaisir à narrer tout ça.

Et donc, ça y est. Vous voilà assise dans la cour des grands. Vous allez participer à votre première aventure.

Tout de suite, vous vous rendez compte qu’une table de jeu, ça ne ressemble pas du tout à ce que vous vous étiez imaginé. Pas de preux chevaliers autour de la table. Rien qu’une bande un peu débraillée, avec des chips, des M&M’s et du coca à volonté.

Exit l’image des joueurs soignés, il ne s’agit somme toute que de quelques braillards mal vieillis ! Soit, vous acceptez de fermer les yeux et même, vous vous joignez à l’enthousiasme d’une première rencontre à la taverne du coin. Le nain boit. Ca, il le tient bien. Le prêtre a l’air sérieux, le voleur est mystérieux et le demi-elfe tout en sourires séducteurs.

La deuxième leçon du jour : au JdR, on mange beaucoup de crasses, on en boit tout autant ( mais pas d’alcool, ouf, votre honneur a une chance d’en sortir sauf) et on raconte des blagues idiotes.

Troisième leçon : les rôlistes parlent de tout, tout le temps dans des termes étranges et caducs, un baragouin fait de formules et de chiffres. Le tout vous laisse perplexe. Cela donne quelque chose comme « Alors, si je prends cette hache, j’augmente ma vigueur de +1 mais je perds 2 en bonus de rapidité » ou encore « peut-être que dans mon level 3, je pourrais prendre l’option machintruc qui me permettra de développer ma compétence d’art de la religion ? »

Heu ? Helppppp !!!!

Vous avez mal à la tête.

Mais ce n’est encore rien. A ce moment-là, votre MJ annonce : « vous êtes assis à l’auberge du cochon qui grogne et vous voyez un homme avec une cape, la mine déconfite, qui souhaite visiblement entamer la conversation ».

Quoi ?

Le jeu commence.

Ah ? Parce que la partie n’avait pas encore commencé ?

Ca y est, maintenant vous pouvez l’avouer : vous avez très peur !