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Démiurges VI : conseils à suivre ou pas

 

Les Démiurges en Herbe VI approchent à grands pas. Demain, à peu près à la même heure (ce qui suppose que vous lirez ce texte le vendredi 31 août 2012 vers 20h00, ce qui suppose que je l’aurai posté à temps…), nous connaîtrons le thème de ce concours. Et des dizaines d’acharnés plancheront sur LEUR 8è merveille du monde après s’être définitivement brouillés avec leurs meilleurs amis (qui n’en étaient pas sinon ils auraient compris l’ultime importance des Démiurges) ou après être brutalement redevenus célibataires pour ne pas avoir sorti la poubelle après 3 rappels.

Car il faut bien se l’avouer, placés lors de la première quinzaine de septembre, les Démiurges s’adressent à un public cible très spécifique. Pas de seconde sess’, les cours pes encore repris, un boss compréhensif, une copine … hum … partie, et pas d’enfants. Cela pose le décor d’emblée. J’exagère, bien sûr. Il est comme ça, le Doc. Toujours à grossir le trait. D’ailleurs, il se met à parler de lui à la troisième personne. C’est mauvais signe.

Alors, tant qu’à s’attribuer une importance qu’il est loin d’avoir, allons-y pour quelques conseils d’usage. Et mettons-nous à parler de lui à la première personne du pluriel, majestatif s’il en est.

 

Le concept

Oui, un concept. L’idéal est de pouvoir dire, « mon jeu met en scène… » ou « dans mon jeu, il est question de… » et de faire suivre une phrase (j’ai dit « une »). Pas 15 lignes. Si vous ne pouvez pas dire simplement, rapidement, clairement, de quoi c’est-y que vot’ jeu y cause, alors il y a (comme qui dirait) un cheveux dans la soupe.

Bien sûr, ce n’est pas suffisant. Il faut aussi que ce concept soit novateur et, pour bien faire, original et qu’il attire le chaland. Dire « mon jeu met en scène des piétons qui essaient de traverser sans encombre la 5è avenue de New York », cela risque d’être un peu court, jeune homme.

Bien sûr, c’est ma vision des choses. Et encore, je suis personnellement assez souple sur la question « novateur », et un peu moins sur « originalité ». C-à-d qu’un jeu qui met en scène des nains et des elfes qui ne s’aiment pas, c’est assez « déjà vu ». Mais il peuvent attendre au bord de la 5è avenue que le feu passe au vert. Là, l’originalité revient au galop dans un grand crissement de pneus de taxi noir et jaune.

On pourra aussi dire qu’il importe peu d’être le premier, pourvu qu’on soit le meilleur. Certes. J’aime aussi cette idée. Néanmoins, je mets au défi quiconque d’écrire un jeu qui puisse empiéter sur les plates-bandes d’AD&D (qu’importe l’édition), Warhammer, Cyberpunk, AdC et le remplacer … en 75.000 signes et 15 jours de café noir.

 

Par analogie avec ce que pratiquent des connaissances dans les ateliers d’écriture, si vous ne trouvez pas de concept puissant qui constitue un fil rouge digne de ce nom, vous pouvez toujours googler le thème (ou vous multipliez les moteurs de recherche) et vous détaillez les liens et les pistes offertes. Cela peut provoquer le déclic salvateur.

 

Les piliers

Inutile d’essayer d’être exhaustif. À partir de l’idée centrale, et je reprends l’habituel conseil de Nonène (qui y connaît un rayon), il faut développer 4 ou 5 points essentiels et bourrer dedans. Les bétonner. Aller jusqu’au bout du bout de la fin du tunnel de chacun de ces 4 ou 5 points.

Effleurer 30 ou 40 points, loin de prétendre à l’exhaustivité, cela laisse une impression de manque de finition. Car il manquera toujours 1 point ou plusieurs auquel le juré pensera et qui le persuadera que le jeu manque de finition, de clarté, etc. Par ailleurs, cela provoque une surcharge d’informations, très peu emballante pour le juré dont, comme personne ne peut l’ignorer, les capacités intellectuelles sont médiocres. Pour preuve : il est incapable d’écrire un jeu en 15 jours et 75.000 signes de café noir. Ou l’inverse.

 

De plus, aligner une surabondance de points, cela amène immanquablement le créateur à mélanger l’essentiel et l’accessoire. Pas bon, ça. Et cela se ressent automatiquement sur la table des matières, un réel fouillis.

 

Tiens, tant que j’y suis, une table des matières, voilà bien quelque chose d’essentiel. J’annonce la couleur. Cette année, je serai intraitable sur la question de la pagination et de la table des matières. Pas mal de jurés vont lire (sauvons les arbres) les jeux sur leur PC, tablette, que sais-je encore ! Les liens à l’intérieur d’un document au format word ou pdf, c’est 100 fois mieux que quelques illus bidouillées à l’emporte-pièce.

 

L’écriture

 

Sur ce point, chacun fait ce qu’il veut. C’est sûr. Les jurés sont loin d’être des parangons de vertu littéraire, des Porcs de la Mandoline (sans doute des Pic de la Mirandole …). Lors des Démiurges V, j’ai vu des fiches d’évaluation bourrées de fautes, rentrées par des jurés qui reprochaient le style, la grammaire et l’orthographe. Pas crédible. Après ça, on s’étonnera (si peu) que les commentaires n’aient pas été plus souvent intégrés à des réécritures des jeux rendus lors des Démiurges V.

 

Cela dit, ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément. Ce n’est même pas de moi, mais c’est la preuve que des choses dites voici plusieurs siècles s’appliquent encore, même si l’auteur ne connaissait ni iPad, ni smartphone, ni logiciel avec correcteur orthographique intégré.

 

Lors de la cinquième édition des Démiurges, j’ai lu des jeux au style parfaitement étudié. Les nouvelles illustrant le propos étaient vraiment bien faites. Et le jeu était rarement à la hauteur. Il ne suffit donc pas de savoir écrire. Il faut que ce talent soit uniformément réparti dans l’ensemble des règles. Sinon, l’auteur crée, d’une part, des attentes dans le chef du lecteur et, d’autre part, l’ensemble est déséquilibré, avec des pics et des creux. Au final, le lecteur en ressort le plus souvent avec une impression négative, se remémorant les parties « down » plutôt que les passages « up ». Et Pluto, c’est l’ami de Mickey, pas celui du créateur.

 

Citation imputée à Hemingway, à méditer, il ne sert à rien d’avoir du talent à la cinquième ligne si le lecteur ne dépasse pas la troisième. J’ajouterai, il ne faut pas tout sacrifier pour un bon mot, un jeu de mots ou une belle phrase ne justifie pas tout, avec le risque de se trouver isolée au milieu d’un désert qui ferait passer le Sahara pour une forêt amazonienne, ou de tomber à plat, sans apporter le relief que l’auteur pense avoir apporté à son œuvre. On n’est pas dans un atelier littéraire. Les redondances ne sont pas à proscrire, inutile de multiplier les synonymes boiteux, les périphrases ou les paraphrases pour éviter de répéter « personnage », « caractéristique », « compétence », etc.

 

Ah oui, pas d’envolée lyrique, non plus. Et tant qu’à faire, évitez les mots « pouvoir » ou « devoir »… j’ai eu à lire des phrases du style, « un jet peut permettre… » ou « il doit pouvoir permettre de… ». Sans être totalement fausses, ces tournures répétées à l’envie finissent par gaver le lecteur et cela peut conduire… non, cela conduit à une impression médiocre de l’ensemble.

 

Du rêve mais cohérent

 

Le système est bien sûr au cœur de l’ensemble. Mais il est au service du concept, ce n’est pas l’inverse qui prévaut. Cela peut évidemment arriver que le système de jeu existe AVANT le concept ou l’univers, bien sûr, tous les cas de figure existent. Mais le contraire est plus porteur, à mon avis.

 

Le lecteur doit se dire « bon sang, mais c’est bien sûr » à la lecture du système. Personnellement, je n’attends pas toujours un système qui révolutionne le jeu de rôle. J’attends un système qui s’insère idéalement dans le concept, sans faire de vagues, à tel point qu’on en finit par l’oublier ou qu’il se confonde avec le concept de base.

 

Par exemple, Durum rendu dans les Démiurges V. Les personnages sont de simples citoyens lambda (comme vous et moi… euh, surtout vous) qui gagnent un séjour de rêve offert par Fantasy Pasta. Ils sont définis par 10 clichés de vacances. Les actions se règlent au moyen de pâtes (crues) tirées d’une marmite. Certaines sont marquées de 1 à 10, ce qui permet de créer un lien avec les clichés qui définissent le personnage. Cqfd.

 

Un astuce sur le scénar

 

Parent pauvre de la création dans les Démiurges, le scénario est le plus souvent la dernière pièce du puzzle. Pas testé. Même pas relu, parfois.

 

Un scénario, c’est une trame, des lieux, des événements extérieurs, des interactions et des personnages non joueurs. PAS une sorte d’histoire avec des phrases du style… « Un étranger entre dans l’auberge, il a l’air louche, vos personnages l’abordent en lui demandant d’où il vient, à ce moment, il tourne les talons et sort de l’auberge, vos joueurs le rattrapent dans l’écurie, dans ses fontes, il a de l’herbe dont émane un lourd parfum nauséabond, mais il refuse de dire d’où il la tient ». Ne riez pas, j’ai lu des choses encore plus dirigistes où les actions et réactions des joueurs étaient notées.

 

Par ailleurs, le scénario proposé est le plus souvent un scénario d’introduction, la première prise de contact avec l’univers. Il doit à la fois être attrayant et garder des secrets. Il doit être cohérent avec les règles et l’univers. Il ne sert à rien de décrire les Urgons comme une « race de très très méchants » pour confronter les personnages à ce peuple lors du scénario d’introduction en les amenant à nouer un pacte et entamer des relations diplomatiques ou commerciales illico presto. Ne riez pas, bis, je l’ai lu aussi.

 

Enfin, le pitch

 

On ne le répètera jamais assez, le pitch s’écrit après tout le reste.

 

Son utilité est double. D’une part il doit donner envie de jouer. Comme une 4è de couv’. Et d’autre part, il annonce ce qui se trouve dans le jeu, et rien d’autre, en faisant bien la distinction entre l’essentiel et l’accessoire. Inutile d’appâter le chaland avec des choses qui ne se trouvent pas dans les règles.

 

Un bon jeu a souvent un bon pitch. Car qui peut le plus peut le moins. L’auteur qui a du talent pour écrire un bon jeu va aussi (le plus souvent) produire un bon pitch. Peut-être pas un excellent pitch, mais très correct quand même. A contrario, un excellent pitch peut annoncer un jeu complètement raté. Il y en a eu dans les Démiurges V. Si cela peut déboucher sur le prix du pitch, cela va le plus souvent mal disposer un juré qui salivera tel le chien de Pavlov à l’annonce du pitch, et se retrouvera occupé à mâcher un chewing-gum sans sucre, sans goût, sans rien en découvrant le jeu. Faut choisir, Jacques Séguéla ou Terry Pratchett… (OK, y’a moyen de cumuler)

 

Voilà, un peu plus de 10.000 signes de poncifs, de faux conseils et de lieux communs, vous direz-vous. Vous n’avez pas tort, à mon avis. Mais au moins vous en savez plus sur ce que j’attends d’un jeu. Et si vous avez tenu jusque là, cela veut dire que vous n’êtes pas devant votre PC à participer aux Démiurges VI. Inconscient…

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Les Démiurges reviennent…

Du 1er septembre au 15 sera lancée la 6è édition des Démiurges en Herbe. Et pour la troisième fois, j’en suis, comme juré.

Je ne cacherai pas mon impatience. Lors des Démiurges en Herbe V, j’avais lu quelque chose comme 20 jeux, ou plus. Et très peu m’avaient franchement déplu. Il y a quelque chose de fascinant à contempler plus de 30 jeux produits en 15 jours, avec des systèmes de jeu novateurs, des univers originaux et des scénarios toniques. Même s’il faut bien avouer que, très souvent, le scénario était le bât qui blesse, très souvent décevants, d’un niveau bien faiblard par rapport au jeu qu’il devait illustrer. Je ne vous jette pas la pierre, Pierre. Il est normal que le scénario bénéficie de moins d’attention, moins de relecture, moins d’imagination, que le reste.

Et par rapport aux Démiurges en Herbe IV, le niveau était bien meilleur.

Tout le monde juré

L’an dernier, les créateurs s’étaient rapidement échangé d’abord le pitch de leur jeu, puis les liens vers le. Commentant et argumentant à foison, ils s’étaient (pour un petit nombre, en tout cas) pris au jeu de l’évaluation croisée.

Alors, cette année, tout le monde devient juré. Au terme des 15 jours de création, une fois l’ensemble des jeux rendus, une seconde période de 15 jours débute, lors de laquelle chaque auteur se voit attribuer 3 jeux. À lui de les parcourir et de rendre un premier verdict, ce jeu vaut-il la peine, est-il digne de passer au second tour et d’être évalué par le jury à proprement parler ? Pour se qualifier, tout jeu doit recevoir deux évaluations positives. On signale de plus qu’un créateur qui ne se plie pas à cette règle verra son jeu disqualifié, il ne participera pas au second tour.

Hormis l’aspect un peu totalitaire, marche ou crève, de la manœuvre, ce point de règles me semble tout à fait louable. Bien sûr, un joueur de nature jalouse pourrait être tenté de descendre un jeu dont il pense qu’il pourrait faire de l’ombre à son jeu (qui est bien sûr la 8è merveille du monde). Mais je tablerai davantage sur la création d’un sentiment de communauté. Très en phase avec l’esprit de ForgeSonges, au demeurant, et tout à fait logique compte tenu de leur positionnement dans le paysage rôliste français. Accroître leur visibilité, en multipliant les échanges sur le forum dédié, quoi de plus normal, finalement. De plus, comme mentionné, cela capitalise sur un comportement observé lors de la précédente édition. L’an dernier, c’est avec une bienveillance certaine et une bonhommie empreinte de franche amitié que les auteurs s’étaient partagé leur création. (Oui, je sais, je reste un idéaliste invétéré.)

Voilà donc un changement dans le règlement du concours que je suis très curieux de voir à l’œuvre. Déjà, sur le forum de ForgeSonges, le fait de « devoir » lire 3 autres jeux suscite un peu de réaction.

Qu’on ne s’y trompe pas, à mon avis, les jurés du second tour, qui ne devraient idéalement intervenir qu’à partir du 1er octobre, ont tout intérêt à compulser les jeux dès le 16 septembre. C’est clairement ce que je vais faire, histoire de prendre un peu d’avance, vu que je vais devenir père pour la seconde fois aux alentours du 15 octobre, si tout va bien (et non pas pour battre mon record de l’année dernière).

Les 5 lectures

Si j’ai bien lu, le second tour, celui des jurés « de la profession » se suffira à lui-même. Lors des Démiurges en Herbe V, les 10 meilleurs jeux au terme des 3 lectures avaient bénéficié d’un tour supplémentaire consistant en 2 lectures. Cela s’était fait aux forceps, il faut bien l’avouer. Les quelques jurés survivants ne se pressaient pas au portillon pour lire les jeux.

Je n’ai plus les dates en tête, mais il me semble que l’on a terminé la der des der fin juillet. Donc, du 1er mai à (disons) fin juillet… 3 mois pour lire 3 fois 30 jeux, puis 2 fois de plus 10 jeux, cela ne me semble pas si long. Je trouve même cela plutôt raisonnable.

Donc plus de deuxième tour de jurés pour que 5 lectures départagent les 10 meilleurs jeux au lieu de 3.

Si on se penche sur l’an dernier, au terme des 3 lectures, le gagnant est La Vallée des Singes. Idem au terme des 5 lectures. Les deux lectures supplémentaires ont un effet que l’on peut estimer « à la marge ». Personnellement, je ne trouve pas cela marginal. D’une part, le top 3 se modifie. Silence passe de 2è à 3è ex-aequo. Les Révolutions du Cadran devient 2è. Et surtout, il y a 3 jeux qui occupent la 3è place ex-aequo. Les moyennes sont également différentes, ce qui montre que l’ordre dans lequel les jeux sont lus a de l’importance. La Vallée des Singes a une meilleure moyenne sur 5 lectures que sur 3, tout comme Durum. Il n’y a pas de raison que l’importance des lectures n’exerce un impact que pour les 10 meilleurs jeux.

Dès lors, on peut imaginer un comportement stratégique de la part de jurés, lisant des jeux pour en descendre la moyenne et les exclure du top 10 (ou les y ramener). J’en ai déjà touché un mot. Ces comportements, je suis sûr de les avoir vus.

Dès lors, même si j’avais pris pas mal de plaisir à ce second tour du jury, avec 4 lectures si mes souvenirs sont bons, il vaut peut-être mieux pour tout le monde, et dans un souci d’équité, que le concours porte sur 3 lectures.

Questionnaire plus explicite

En effet, les évaluations du jury se baseront sur 5 critères et non plus 6, comme l’an dernier. C’est l’originalité qui passe à la trappe, car ce critère est inclus dans d’autres. Des questions bien plus explicites servent de rappel en tête des critères. Bien sûr, on ne supprimera pas (et ce n’est pas dommage) la subjectivité du juré, mais ces questions très précises peuvent recadrer l’évaluation et limiter les débordements (si tant est que l’on veuille les éliminer).

Je profite de l’occasion pour signaler que dans mes commentaires généraux lors des Démiurges en Herbe V, j’ai plusieurs fois offert mes services à l’auteur, s’il décidait de réécrire, de retravailler le style, la forme, le contenu… et je n’ai jamais été recontacté.

Blessure d’ego, bien sûr. J’ai donc décidé d’interroger les auteurs des Démiurges en Herbe V. Sur 30 jeux éligibles, j’ai obtenu une vingtaine de réponses. Aucune réécriture notable des jeux créés. Quelques modifications cosmétiques, superficielles. Une fraction non négligeable n’est même pas disponible sur la Toile. Ouf, cela explique pourquoi je n’ai pas été recontacté… Déjà que les auteurs de Labyrinth m’ont copieusement ignoré au moment des remerciements… Restons sérieux. Quatorze mois après les Démiurges en Herbe V, moins de 30% des jeux produits ont été retravaillés. Et aucun de manière fondamentale. Pour ne pas dire en accord avec les commentaires des jurés. Dès lors, cela plaide sans conteste pour 3 lectures et non 5. L’intérêt avéré des 5 commentaires est de persuader l’auteur que si 5 jurés répètent la même critique, c’est qu’elle est justifiée. Il est à espérer que 3 commentaires suffisent.

Prix du pitch

Une innovation lors des Démiurges en Herbe VI est d’attribuer le prix du meilleur pitch. Bien spur le pitch est important, prépondérant, crucial. Mais je n’ai pas vu de bons jeux sans un pitch correct. Par contre, l’inverse est vrai, des jeux qui se sont révélés médiocres avaient de très bons pitchs.

Pondre un pitch alléchant, c’est davantage du marketing que de la littérature. Finalement, on va finir par préférer Jacques Séguéla à Daniel Pennac.

Pour ce nouveau point du règlement, je suis moins emballé.

Qu’il me soit permis de rappeler qu’un pitch, ce n’est pas seulement un texte aguicheur, qui donne envie de lire le jeu… (d’y jouer serait mieux, déjà), c’est surtout une manière d’annoncer la couleur et la saveur du jeu. Inutile, comme je l’ai vu souvent d’annoncer des choses qui ne sont PAS dans le jeu, même si le texte est splendide. Un pitch, cela s’écrit après tout le reste. Et pour juger de la validité et de l’excellence d’un pitch, il faut avoir lu le texte. De quoi éprouver un certain scepticisme à l’idée que les auteurs eux-mêmes puissent raisonnablement juger le pitch des jeux de leurs pairs.

Voilà.

Quoi qu’il en soit… Rendez-vous le 1er septembre à 20h00 pour le thème de cette 6è édition… Et que le meilleur nain l’emporte.


Le cimetière des éléphants

 Non, je ne vais pas vous parler d’Eddy Mitchell ou de films d’aventure assez anciens comme Trader Horn ou un Tarzan de derrière les fagots, avec Johnny Weissmuller. Mon propos touche le jeu de rôle, ô combien d’ailleurs.

 

What’s in a name?

 En guise de préambule, disons d’emblée que je ne suis pas dupe, et que je sais pertinemment que l’expression « Cimetière des éléphants » revêt bien souvent une connotation négative, évoquant la mise au rebut d’objets qui n’ont plus de valeur. Ce n’est pas le sens que je donne ici à cette expression. J’ai davantage en tête un grand terrain vague jonché de squelettes où se dressent fièrement, tels de grands phallus pointant leur ivoire dureté vers des cieux encore immaculés, les défenses tant recherchées, abandonnées à la convoitise sans borne de l’explorateur en quête de précieux butin, et sur lesquelles la main de l’homme n’a jamais posé son regard. Merci au maire de Champignac pour cette fin de phrase.

 

 

J’imagine le Stanley ou le Linvingstoner de passage, fébrile, fiévreux, le menton tremblant. Suant à grosses gouttes. Pris d’un balzin frénétique, comme on dirait dans mon Borinage d’adoption, à deux poils de courir amok, et d’attenter à la vie de quiconque se mettrait sur son chemin. C’est l’image que j’en ai pour les jeux de rôles, quand je ferme les yeux (mais pas trop longtemps, sinon je m’endors).

 

Une JdRthèque?

 Ce cimetière des éléphants, ce serait donc un endroit sur la Toile, où serait stocké l’ensemble des JdR et des JdRa, édités, créés, imaginés et/ou publiés (biffez les mentions inutiles) depuis que le monde est monde. Je parle bien sûr de JdR dont les droits auraient été momentanément abandonnés. Ou mis de côté. Ou dont les auteurs rassasiés et repus, vivant dans le luxe et l’opulence, accepteraient de se passer, rien que pour faire plaisir (on peut rêver). Pour les JdRa, la question ne se pose pas tout à fait dans les mêmes termes, mais presque. Tout créateur de JdRa envisage quand même de faire recette, d’attraper la floche comme sur un carrousel, de décrocher la timbale…, bref de publier son jeu, qu’il passe du statut amateur à quelque chose de pro. Et lâcher les droits, ou répandre son jeu tous azimuts, peut se révéler difficile alors qu’on entame des tractations pour une publication commerciale.

 

Bref, je ne suis pas un pro des droits d’auteur ni de leur cession, abandon ou réclamation. Peu importe comment on appelle ce genre de pratique (que la logique ou un bon sens paysan près-de-chez-vous voudrait contractuelle). Je sais simplement que c’est incontournable. Mais également qu’un bon nombre de jeux se sont gamelés ou sont tombés dans un cul-de-basse-fosse nauséabond et bien profond, suite à des tractations et des revendications (légitimes ou non) au sujets de droits, sur l’air du « c’est moi qui l’ai fait ». Tout le monde ne vit pas d’eau fraîche, c’est clair. C’est le volet le plus sensible de ce genre d’entreprise. Jetons un voile pudique. J’y reviendrai dans un autre billet d’humeur après avoir potassé la question.

 

En devenir

 Vous vous dites, génial, où est-ce ? La perspective d’un tel endroit fait autant saliver le rôliste que la clochette mettait en appétit le chien de Sergeï Pavlov. Il faut cependant vite déchanter. Cet endroit n’existe pas, hélas. Pas encore serait plus correct. Car le chantier intéresse grandement. Les réflexions aboutissent et les initiatives se multiplient actuellement à différents stades de développement.

 

L’idée d’un cimetière des éléphants vient en droite ligne, comme une extension, de l’annuaire des JdRa créé et mis à jour par Roméo Mike, sur le site de Jeux d’Ombres. Cette grande base de données regroupe 1.502 JdRa (j’ai vérifié il y a 10 minutes dans le fichier Excel). Les nouveautés sont flaggées. Ils ne sont actuellement que classés par ordre alphabétique, mais devraient dans un avenir proche être disponibles via un outil de recherche, suivant plusieurs clés de tri. Par exemple, le genre (autant que faire se peut), sa disponibilité, ou son statut. En l’occurrence, est-il encore trouvable ou a-t-il irrémédiablement disparu dans les Limbes rôlistiques, dont parfois il n’aurait jamais dû sortir (osons le dire). Est-il projet, en développement ou achevé ? Où et comment ? Qui que quoi dont où, mais où est donc or ni car… L’annuaire dans sa mouture actuelle fournit quand même le nom de l’auteur et l’endroit où trouver le jeu (s’il est toujours disponible). Il est toujours consultable à partir du site de Jeux d’Ombres, http://jeux.dombres.free.fr/spip.php?page=annuaire, et est en perpétuelle évolution. Dès lors, si vous notez une erreur, n’hésitez pas à la signaler. J’espère vous avoir mis en appétit, parce que l’interface de l’Annuaire qui va vous arriver sous peu, c’est de la pure boulette, signée Sylvain « Greewi » Dumazet à partir de la base de données de Roméo Mike. Bref, du tout bon.

 

L’idée d’une grande banque de données, sauvegarde de la mémoire, n’est pas neuve. Après plusieurs tentatives venant d’horizons divers et échelonnées sur pas mal d’années, la Garde d’Alias (le créateur de l’excellentissime Les Tigres Volants) envisage de proposer des JdR en téléchargement gratuit. Pour l’instant, j’ai trouvé porte close sur le site. Mais le forum est largement accessible. La Garde, c’est la Grande Archive Rôliste Dématérialisée. Conçue comme une plate-forme d’archivage pour JdR. Elle vise à fournir un lieu, en toute légalité, de stockage de JdR francophones. (mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ?). Tout cela via l’utilisation de licences libres (Creative Commons, et d’autres) et avec l’accord des ayant-droits qui seraient retrouvés grâce à l’efficacité et la diligence des admins de la Garde. On leur souhaite bonne chance. À ce stade, difficile d’en dire davantage. Je ne peux que vous renvoyer vers le forum, http://forums.fulgan.com/viewforum.php?f=29.

 

 

Premiers balbutiements

 A-t-on une idée du public potentiel pour ces jeux ? Ces JdR en fin de droit intéressent au moins une poignée d’aficionados, mais on peut aussi se dire que l’offre crée le besoin. Et le fait que ces jeux ont sombré (ou menacent de sombrer) dans l’oublie peut rendre leur publication gratuite plus facile. À ce stade, je ne sais pas s’il n’est pas prématuré de se préoccuper du stockage proprement dit. Des sites comme L’Arche Imaginaire ou le Cerbère.org constitueraient des partenaires de premier plan. Mais il y en a d’autres. Ou même sous la forme d’un webring.

 

Jeux d’Ombres a entamé une réflexion et, sur le principe, il y a un accord pour commencer -dans un premier temps- l’archivage de ce qui est actuellement disponible. Dans un deuxième temps, la recherche de JdRa disparus (ou précédemment hébergés sur des sites non fonctionnels) pourra démarrer. Il s’agit là d’un travail titanesque. Retrouver l’auteur ou toute personne pouvant encore posséder une version d’un jeu qui n’est plus disponible sur la Toile va requérir du temps, et une bonne dose de conviction. Patience et longueur de temps font plus que force et que rage… c’est bien connu. L’idée d’une communauté, d’un « anneau », qui prendrait en charge le stockage et l’offre gratuite de JdR, amateurs ou professionnels, peut alors aussi être considérée. Le temps est donc venu de lancer un appel, tout ce qu’il y a de plus sérieux. Que les sites se manifestent s’ils veulent en être. Plus nous serons, et plus nous serons en mesure d’assurer le futur de ces JdR, et de conserver leur mémoire.

 

Et avec ça, qu’est-ce je vous sers?

 Car c’est aussi de cela dont il s’agit. On ne stocke pas juste pour le plaisir. Ou parce que l’espace disponible est énorme et finalement peu onéreux. Ou parce que l’on trouve cela trop cool. Une démarche de cette ampleur doit avoir du sens, et s’inscrire dans la durée. Revêtir un caractère pérenne. Il faut mener la réflexion sur ce plan-là également. C’est en tout cas l’esprit qui anime l’Annuaire du JdRa. On ne peut pas se dire que tant de chemin a déjà été accompli et que le projet peut s’arrêter d’un seul coup. Les personnes qui ont porté le projet de l’Annuaire, ou celles qui mettent La Garde en place, peuvent s’investir pendant un temps plus ou moins long, mais la relève doit également être assurée. La balle est maintenant dans le camp des propriétaires de sites, mais aussi et surtout dans celui des créateurs de JdR (amateurs ou non) et des éditeurs, plus ou moins pro, de JdR. Le référencement (et le stockage qui irait de pair) ne peut se produire qu’avec le soutien (pas seulement l’accord tacite) des auteurs, de l’ensemble des rôlistes. Que veulent-ils pour leur création ? Est-ce que les choses doivent se présenter obligatoirement dans des termes aussi manichéens que « La Gloire ou l’Oubli » ? N’accepteront-ils de participer que pour autant que leur œuvre n’ait pas d’ouverture commerciale ? Ou apporteront-ils un soutien, même conditionnel, pour que l’entreprise décolle ? Regarder les bâtisseurs de cathédrales en disant « C’est chouette mais je vais attendre qu’ils montent le clocher pour participer », ce n’est peut-être pas l’attitude la plus appropriée, à mon avis. Il me semble que les marges de manœuvre sont suffisamment larges pour contenter tout le monde.

 

Et maintenant?

 Jeux d’Ombres a pour habitude de ne parler que de jeux amateurs. La ligne éditoriale est assez stricte (même si cela revient parfois à scier la branche sur laquelle nous sommes assis). Mais parfois, un jeu devenu pro peut faire l’objet d’un article, d’un scénario ou d’une aide de jeu, pour peu qu’une version du jeu publié existe encore sous une forme gratuite et amateur. Et le cas se présente. Ce genre de gentleman’s agreement peut servir comme bottom line d’un cimetière des éléphants rôlistique.

 

Ensuite, un tel outil peut prendre des formes multiples. Cela va de la simple collection de liens redirigeant le visiteur vers le site de l’auteur où est localisé le jeu à un réel espace de téléchargement, sur le mode d’une JdRothèque où les jeux seraient « physiquement » disponibles. Avec tout ce que cela implique de positif et de négatif. Le nombre de visites, de téléchargement pour chaque jeu, serait connu. La charge de maintenance et le coût du site devraient incomber à quelqu’un. Ce ne sont que quelques exemples.

 

La clé de voûte d’un tel Grand Œuvre est constituée par l’information et son partage. C’est la première fonction d’un tel espace réservé. Mais les caractéristiques techniques du stockage, le côté pratique informatique, les détails concrets en soft- ou hardware sont pour plus tard. Enfin, c’est mon avis, et non pas la position des différentes initiatives auxquelles j’ai pu collaborer.

 

D’abord, il faut s’entendre sur le principe. Collecter les bonnes volontés. Et créer une dynamique autour de l’initiative. Que la nouvelle se répande.

 

Alors, à votre bon coeur, m’sieurs, dames.


Cuisine du terroir, partim 1

 Un peu de sauce ?

 

La cuisine, portion congrue de la feuille de perso et du rôleplay, j’en ai déjà touché un mot dans un précédent article. Continuons de soulever quelques couvercles. Je ne prétendrai pas tout résoudre en deux coups de cuiller à pot. Qu’il me soit simplement permis de saupoudrer quelques idées.

 

D’ailleurs, saupoudrer, étymologiquement, c’est « poudrer de sel ». Saupoudrer de sucre, est donc une incongruité à laquelle nous nous livrons régulièrement, par perte du sens original.

 

La cuisine fait notre quotidien, elle a façonné notre monde. Elle est partout. Et dans les JdR et les parties, elle se fait souvent discrète. Cet ancrage profondément vital et quotidien, trop bassement matérialiste, pourrait-il expliquer pourquoi la cuisine n’a quasiment pas d’intérêt lors des aventures ? Aller tuer un ours gigantesque qui terrifie la région, oui ! Quitte à le manger ensuite. Mais passer 3 heures à cueillir des champignons, des baies et des racines, afin de trouver comment les accommoder en ragoût, non !

 

Vous me direz que ce qui ne rapporte aucun XP ni ne fait avancer l’aventure n’a pas le moindre intérêt. Et je ne peux que vous donner raison.

 

Bruits de casseroles et champignons crus

 

Nous sommes donc au cœur du problème. La cuisine ne s’invite dans les tables de jeu que par la bande. Quelques maigres jets de dés pour savoir :

  • si « c’est bon » (ce qui relève du domaine du subjectif et n’a que faire d’un jet de dé, àmha, c’est comme lancer le dé pour savoir quelle taille on a… je hais les jeux qui additionnent les tables pour rien),

  • s’il y a du poison dans la nourriture (comme si le fait de savoir cuisiner donnait ce genre de connaissance),

  • si le vin est éventé (ce que n’importe quel palais et nez peut déterminer sans peine)… trois situations bien connues des rôlistes.

     

    Cela dit, le plus souvent, la compétence Survie (déclinée ou non selon le type de terrain) fournit le renseignement ad hoc.

 

Salivons gaiement

 

Revenons sur ces aventuriers fourbus, éreintés, qui déboulent sans trop de discrétion dans une auberge et réclament à boire et à manger, ce qu’il y a de meilleur, cela va sans dire, et encore mieux en le beuglant. La fille de salle, gironde et peu farouche (1 pièce d’or la nuit) s’empresse. Nous sommes dans le cliché le plus brut. Et alors ? J’ai souvent vécu un « le repas arrive, c’est correct, une fois les plats vides, la fille de salle les emporte, vous remarquez dans le coin de la grande salle, à moitié dans l’ombre, il parle avec l’aubergiste qui triture son drap de vaisselle en jetant des regards empressés de votre côté et s’essuyant le front un peu trop souvent… ». Et si on avait…

 

Le pâté de faisan, paré de quelques tranches de pommes et de poires et de baies roses, arrive avec ses condiments. Il y a quelques moutardes agrémentées d’herbes sauvages. Un confit d’oignons au vin rouge, et deux confitures. Dans la première de longs bâtonnets oranges et jaunes sont en suspension dans une gelée translucide, des agrumes qui ont dû voir autant de kilomètres que vos chausses. Dans la seconde, des fraises des bois se battent pour prendre place sur la cuiller à chaque fois que vous la plongez dans le pot, dont le fond ne semble pas pouvoir être atteint. Vous êtes devenus le centre d’intérêt de la salle commune de l’auberge. La pièce principale, un cuissot de chevreuil, savamment faisandé et rôti dans l’âtre, suit dégoulinant de graisse et croustillante à souhait. Triturant son drap de vaisselle, l’aubergiste fait de multiples apparitions, peu à l’aise, empressé, il n’a de cesse de s’assurer que tout va bien. Il houspille son personnel. À coup sûr, soit vous êtes au menu du lendemain soir, soit il a quelque chose à vous demander entre la poire et le dessert. D’ailleurs, le plateau de fromages vient de faire son apparition devant vous, décoré de noix et de fines lamelles de champignons saisis dans l’huile d’argan, importée du royaume voisin. Quelques galets de chèvres, qui commencent à s’abandonner, une tomme vieillie en cave, un fromage frais aux herbes et un bloc de fromage au lait cuit, ramené à dos d’hommes des alpages surplombant le village. Un ventre plein envisage toujours l’avenir avec sérénité.

 

Évidemment, l’automne se prête bien à un menu gouleyant. Mais un peu d’imagination et on s’envole en toute saison.

 

Souvenirs, souvenirs

 

Je me souviens d’un ami lors d’une partie, après la description du repas servi. Il lui démangeait de lancer les dés… Il savait que le repas de qualité, mais il voulait savoir s’il en goûtait les subtilités, s’il en appréciait autant les saveurs que son esprit en avait aimé l’évocation. Coquetterie, démangeaisons de rôliste en mal de bruits de dés. J’ai accédé à sa demande. Je ne pense pas que je le referai. Sans doute parce que je suis davantage assuré de mes talents de cuisinier maintenant que je ne l’étais à l’époque.

 

Un dernier mot. Il est assez fréquent de retrouver dans toute l’Europe, les mêmes recettes traditionnelles, communes, paysannes… un peu partout. Selon l’endroit, vous pouvez retrouver la même recette en apparence mais déclinée selon les spécificités du coin. Farcir des feuilles, par exemple, se décline à l’envi (de la Baltique à la Méditerranée, principalement). Salade ou chou, voire feuilles de vigne, poirées ou blettes. Les feuilles en question peuvent déjà être multiples. Et la farce ? Pareil. Uniquement de la viande. Ou avec du riz, du pain, des légumes… Vous faites le tour d’un continent avec cela. D’escales en étapes, vous vous faites servir un plat qui, sans en être fondamentalement différent, n’est déjà plus celui de la veille. Et mille kilomètres plus loin, votre gomski est devenu une feuille de vigne farcie.

 

La recette du Doc.B.

 

Prenez une salade « pain de sucre ». Retirez les deux ou trois feuilles extérieures. Puis coupez la base de la salade pour libérer douze feuilles. Lavez-les délicatement. Faites chauffer une grande marmite d’eau salée. Pendant ce temps, mélangez 1 oignon finement haché, 800 grammes de haché porc-bœuf, 1 œuf, quelques feuilles ciselées de céleri, de persil, de thym (normal et citron), sel poivre, paprika, et muscade (ou macis), et une bonne poignée de chapelure. Formez 6 boules de poids identique. Alternativement, vous pouvez faire des boules de grosseurs totalement fantaisistes et les servir dans un kolkhoze d’obédience léniniste dans un coin perdu du Baloukistan. À ce stade, l’eau bout. Plongez-y les feuilles 2 par 2 (pour éviter qu’elles ne se collent l’une à l’autre, mais finalement, c’est de votre casserole qu’il s’agit), et blanchissez-les pendant 1 minute. Puis, étendez-les soigneusement sur un drap de vaisselle (propre !). Recouvrez d’un drap de la même couleur, et recommencez. Quand toutes les feuilles sont blanchies, séparez-les en 2 groupes : les 6 plus grandes (couleur vert foncé) et les 6 plus petites (couleur jaune/vert pâle). Roulez les 6 boulettes dans une petite feuille puis dans une grande. Rangez le tout, en serrant un peu, dans une casserole allant au four, recouvrez de bouillon, et enfournez à four chaud, 150°, pendant 1h20. Servez avec du riz. L’idéal est d’utiliser le jus de cuisson pour une base de sauce blanche, que vous relèverez de moutarde à l’ancienne. Mais non, ce n’est pas du tout riche, c’est un plat de régime (au Népal intérieur).

 

À partir de cette base, toutes les variantes sont envisageables. Vous remplacez le bouillon par de la sauce tomate. Vous incorporez le riz à la farce. D’autres viandes. Ou d’autres légumes. Les échalotes remplacent l’oignon. Des feuilles de chou, vert ou blanc, se substituent au pain de sucre. Voire vous utilisez d’autres types de salades, ou de larges feuilles de bettes. Ou des petites. Vous enroulez le tout dans une tranche de lard et vous passez au four (pas vous, la boulette…), c’est encore plus « light ». Seule l’imagination peut vous limiter. C’est dire !

 

On perçoit bien (je pense) tout l’usage qui peut être fait lors du périple des aventuriers. D’auberge en auberge, le plat évolue, s’éloignant peu à peu de la recette d’origine, car plus proche des habitudes de consommation du cru.

 

Bon appétit.


Le JdR se prête-t-il à des concours?

Quand Etienne m’avait dit « un texte par semaine », je savais que cela n’allait pas être gagné d’office.
C’est clair.
Trouver une idée, la développer après l’avoir mûrie et la poser noir sur blanc, je me doutais bien que cela allait être galère.
La preuve par l’exemple… Donc, plutôt qu’un article cherchant à démontrer quoi que ce soit, disons que vous vous apprêtez à lire un billet d’humeur.
Bon, j’ai une circonstance atténuante. J’ai participé aux Démiurges V. Du « mauvais » côté de la barrière. J’étais juré.
Ouais, le style méchant-pas-beau, patibulaire mais presque, du poil aux pattes et de sales mains pleines de doigts. Le genre intraitable qui n’attend qu’une seule chose, qu’on essaie de le soudoyer. Pour craquer et se laisser acheter, pour sûr.
Juré pour le compte de Jeux d’Ombres, et Pitche a bien dû me maudire, vu que ma lenteur légendaire retarde la publication du Jeux d’Ombres 10, dont je retiens le dernier article dans mes neurones embrouillés. Mais ceci est une autre histoire, pour un prochain texte (faut pas griller toutes mes maigres cartouches d’un seul coup).
Donc, le concours des Démiurges, lancé pour la cinquième fois par Forgesonges. Faisons vite pour présenter le projet. Un thème dévoilé au lancement des 15 jours laissés aux auteurs en devenir pour produire un JdR qui tienne la route, des conditions éliminatoires (comme faire usage du copier-coller, oublier de fournir un scénario, ne pas écrire de lettre d’intention ou de pitch…), chaque jeu reçoit 3 notations dûment assorties de commentaires constructifs (j’y reviendrai) et les 10 meilleurs sont lus par 2 jurés de plus. Bref, produire un jeu en 15 jours, c’est un truc pour « ceux qui en ont ». Ou celles… car il y eut quelques dames.
Le thème de l’année, Tour(s) et Geste(s). Tout un programme. Je croyais lire beaucoup de medfan, et j’en étais assez vert d’avance… Et j’ai été agréablement surpris, j’ai eu droit à pas mal de post-apo et de multivers… mes contextes préférés.
Les plus grandes sommités du JdR étaient là, dans le jury. De Forgesonges, du GROG, des Studios Nuits Blanches, ils sont venus, ils sont tous là, bref des gars qui en ont « gros » et en savent long sur le JdR et, sans nul doute, bien davantage que moi.
Faut être lucide, j’ai rien écrit de concret sur le JdR, j’ai produit quelques scénarios et aides de jeu sur des JdRa dans Jeux d’Ombres, participé assez brillamment à quelques concours d’écriture, collaboré à Marcel Super Blaireau pour lequel l’auteur m’a gracieusement envoyé un exemplaire, ce dont je l’en remercie et me félicite, et passé de nombreuses heures à corriger, lire et relire, peaufiner Labyrinth, pour lequel l’auteur ne m’a PAS envoyé d’exemplaire gratuit, ce dont je l’en remercie et me félicite aussi, finalement.
JidéheR, ton univers impitoyââââble… (à chanter sur l’air bien connu qui le fait bien avec).
Bref, me voilà aux alentours du 1er mai, avec une liste de 32 JdR produits en 15 jours, et je ne m’en suis toujours pas remis.
Je ne sais plus très bien combien j’en ai lu. J’ai arrêté de compter au-delà de 20. Sans doute quelque chose comme 22, ou 23 ? 24 en fait… mais dans le tas il y a deux jeux que j’ai lus pour faire plaisir à des amis, et dont la notation n’entre pas en ligne de compte pour le classement final. Chaque jeu fait entre 30 et 45 pages. Faites le compte.
Tout cela sur 2 mois et 2 semaines.
Quand je pense que certains jurés peinards se sont juste tapé (pas gentil pour les auteurs, ça, l’expression « tapé ») 2 ou 3 jeux sur la même période…
Non, je n’ai pas envie de vous faire pleurer. Pas de cela entre nous, voyons. Pas de compassion ni d’apitoiement. Juste un peu de compréhension. Pour dire que je suis vidé, ou plutôt rempli… et qu’il faut un peu de temps pour que la vidange ne soit faite. Que je me débarrasse de tout ce que j’ai lu. Tout cela se bousculant encore « gaiement » dans mon cerveau vieillissant qui n’en demandait pas tant.
J’ai lu des trucs vraiment bien, je m’en voudrais de laisser planer le moindre doute à ce sujet. Allez voir sur le site de Forgesonges, ou dans le forum dédié aux Démiurges V. Certains auteurs ont mis leur contribution en ligne. Cherchez Bienvenu au Baloukistan ou Durum, par exemple. Deux jeux parodiques extrêmement fendards qui ont suscité en moi une émotion créative et rôlistique que je pensais à jamais disparue.
Je mentionne aussi Les Hérauts du Temps, jeu impressionnant, exclu du second tour par un juré que je qualifierai de revanchard et borné, qui n’a rien compris ou voulu comprendre au jeu et a plombé un excellent jeu par une note d’exclusion ou presque.
Évidemment, quelques auteurs s’estiment lésés. Mais pas tant que cela. La critique est facile mais l’art est difficile, comme la peinture à l’huile. Comment être sûr que l’on sera jugé, noté, évalué à sa « juste mesure » ? De manière objective. Impartiale. Que tous les jurés ont les mêmes critères en tête ou la même compréhension des 6 dimensions (intention, respect du thème, jouabilité, technique, originalité, qualité littéraire), notées de 1 à 5. On pouvait mettre 0, mais c’était éliminatoire. Alors une telle note était l’apanage des gars de Forgesonges.
Donc, comment ? Hein, je vous le demande un peu, comment peut-on être sûr ? Oui, voilà la question cruciale, à laquelle vous attendez, bouche bée, l’œil inquiet, la paume moite, une fulgurante et raisonnante réponse. Comment être sûr ?
C’est tout simple, on ne le peut pas. C’est comme ça.
Life is a chocolate boxLa vie n’est pas un long fleuve tranquille, maman…, que de références ! j’en passe et des meilleures.
Là, je vous sens un poil déçu.
Mais c’est comme ça.
Partons du principe que tous les jurés ont lu et noté les jeux en leur âme et conscience. En restant cohérents avec eux-mêmes. Ce ne serait déjà pas si mal. Chaque juré a compris les 6 critères de manière personnelle et les a interprétés identiquement tout au long de ses lectures. Chaque lecture d’un juré serait alors cohérente avec les autres effectuées par ce même juré. Évidemment, vu que tous les jurés n’ont pas lu tous les jeux, un auteur pourrait avoir l’impression que tout reste quand même apparenté à une certaine forme de loterie.
Si on tombe sur 3 jurés qui « notent haut » ou n’osent pas prendre leurs responsabilités, on est favorisés par rapport à des jurés plus timorés ou notant sévèrement. Cette possibilité reste très théorique. Et mon vécu de juré tend à l’exclure complètement.
Par contre, il est tout à fait plausible qu’un juré passe à côté d’un jeu. J’ai ainsi pu constater qu’un jeu que je trouvais personnellement peu emballant avait reçu d’assez bonnes notes des 2 autres jurés. Pour être plus précis, disons que ce jeu récolte quelque chose comme 13, 18, 19… J’ai aussi vu un jeu qui navigue à 22-24 pour deux jurés, et prend un 8 à la troisième lecture, synonyme d’exclusion du second tour.
Je ne voudrais pas avoir l’air de m’excuser ou de vilipender l’un ou l’autre de mes coreligionnaires. Dans le style « c’est pas moi, c’est lui, m’sieur ». Je décris un fait. Ou plutôt des faits. La perception est subjective. Par essence, par nature, par définition. Si tous les jurés comprenaient les mêmes critères, de la même manière, à la virgule près, alors il n’y aurait pas besoin de plusieurs lectures. Une seule lecture suffirait.
Mais tout le monde (heureusement pour l’univers et son fonctionnement) ne comprend pas les choses de la même façon. Utiliser un phare en lieu de TOUR, pour certains jurés, c’est « génial », pour d’autres, c’est « limite ». Je fais partie des seconds… Quid de parler de TOUR de jeu ? Ou de GESTE au sens « poème épique »… archi bateau. Ne mérite pas vraiment une note d’exclusion. L’auteur fournit le service minimum.
Les auteurs, enfin certains auteurs parmi les plus obtus (osons le dire), pensent également qu’une notation a un caractère absolu. Ils déclarent à l’envi qu’il ne peut y avoir de perfection. Et donc que voir 5/5 pour un critère, cela relève de l’erreur manifeste de jugement pour le juré qui se laisse aller à cette impardonnable largesse. Le 5/5 n’existerait donc pas, mais le 0/5, reposant sur des critères « absolus », pourrait être distribué, et on ne devrait pas lésiner.
Je m’élève en faux face à cette assertion. Ne serait-ce parce que j’ai mis davantage de 5/5 que de 1/5. Une note de 5/5, c’est une sorte de maximum relatif. Et il y a autant de subjectivité dans un 0/5 que dans son opposé. Un jeu a failli être exclu pour absence de scénario. En ce qui me concernait, et vu que j’avais lu le jeu en question, il y avait bel et bien un scénario. Sans doute pas des plus clairs et des mieux foutus mais, bon, il était là. Pour un autre juré, et sur base de critères personnels tout à fait honorables et raisonnables, le scénario proposé n’en était pas un.
Tout cela est relatif, donc. Et dépend largement du premier jeu lu.
En effet, si vous lisez comme premier jeu, un truc pourri, naze, complètement HS… vu que vous manquez de référentiel, de comparaison, vous êtes très embêté. En général, pour ne pas trop se mouiller, les notes du premier jeu lu vont évoluer de 2 à 4… avec une large proportion de 3/5. Dès le 2è jeu lu (et encore bien davantage ensuite), vous allez vous rendre compte de la valeur intrinsèque du premier jeu lu et donc de la valeur de la notation.
J’ai eu beaucoup de chance. Le jeu par lequel j’ai commencé mes lectures était très moyen, pour l’ensemble des jurés, unanimes sur ce coup. Et j’ai enchaîné avec quelques jeux moyens, ce qui m’a permis de me rôder avant d’attaquer les vraies daubes (il yen a eu) et les trucs vraiment sympas (il y en a aussi, c’est comme la poire, comprenne qui peut).
Tous les jurés n’ont pas cette « chance ». Celui qui débute par un jeu exceptionnel à qui il donne du 3/5 par précaution, il va ramer et distribuer les 1/5 à la pelle ensuite.
Mentionnons pour l’anecdote que les notes étaient révisables, mais qu’aucun juré n’a fait usage de cette possibilité. Moi y compris. Déjà, ce n’était pas commode d’expliquer à l’auteur le pourquoi d’un 2/5 en littéraire couplé à un 5/5 en originalité, mais je me voyais encore moins à même de lui expliquer pourquoi le 2/5 initial s’était mué en 3/5 pendant que le 5/5 devenait 4/5… de toute façon, le total ne s’en trouvait pas modifié. Deux jeux très différents peuvent récolter 4/5 en respect du thème et pourtant aborder ce thème de deux manières diamétralement opposées. Cela aussi, certains auteurs avaient du mal à l’assimiler.
Les notes sont relatives, et surtout ordinales. J’espère que peu d’auteurs (mais il s’en trouve toujours qui ne comprennent pas pourquoi leur jeu n’a pas plu et se livrent à toutes les arguties pour montrer que ce sont les vilains jurés qui se sont plantés, na na na na nèèèreuh !) ont encore en tête que les notes globales sont cardinales. Elles sont ordinales. Rien d’autre qu’un classement. Avec peut-être une chouille de cardinalité, éventuellement. Pour être précis, un jeu qui se tape 24/30 n’est pas deux fois meilleur qu’un jeu qui a 12/30. Le premier jeu est incommensurablement meilleur que l’autre. Point. Mais il est clair que plus l’écart est important, et plus un jeu est bon. Définir un bon jeu ? C’est comme pour les chasseurs de galinettes cendrées. Il y a les bons chasseurs et les mauvais chasseurs…
Penser que les écarts sont révélateurs de façon précise de la valeur du jeu relève de la plus pure aberration. En ce qui me concerne, j’ai (sans vraiment m’en rendre compte au début) noté les jeux en 4 groupes. Ceux qui évoluent aux alentours de 23 et qui sont jouables immédiatement et interpellent mon imagination d’une manière ou d’une autre ; ceux vers 19, honorables et bien foutus; puis un groupe de jeux vers 16, qui ne méritent pas de passer au second tour, et quelques jeux en-dessous de 14 qui ont davantage de défauts que de qualité et ne tiennent pas la route. Ensuite, apercevant deux jeux classés ex æquo, et ne me semblant pas de qualité égale, je décale d’1 ou 2 points vers le haut ou le bas. Pas trop de prise de tête. Par ailleurs, je me suis vite rendu compte que j’étais assez indulgent pour les jeux dont on voyait aisément qu’ils ne passeraient pas au second tour.
Tout cela vaut parce que les jurés sont amenés à remplir une feuille de notation par jeu lu. Dans celle-ci, ils vont motiver leurs choix, leurs options, corriger les erreurs, relever les incohérences, suggérer des pistes pour améliorer la création, discuter, argumenter, justifier… Bref, ils vont faire un boulot de jurés.
Et bardaf, c’est l’embardée. C’est là que le château de cartes s’effondre. Le volet « commentaires » est le bât qui blesse. J’ai un peu de mal à l’avouer, et je m’en voudrais de ressembler, peut-être, à un type qui crache dans la soupe. Après tout, j’ai été juré. Et ensuite je semble dégoiser le concours dans lequel j’ai décroché la palme du lecteur le plus prolifique.
Que nenni.
Je m’explique. Certains jurés se sont contentés d’un « ce jeu ne respecte pas bien le thème, 1/5 » pour tout commentaire (sic), ou d’un « le système n’est pas adapté à l’univers, 1/5 » (re-sic), ou même, suprême délicatesse, donné du 1/5 ou du 2/5 SANS le moindre commentaire négatif. J’ai aussi vu un « pas mal pour une première participation aux Démiurges »… phrase que je ne comprends toujours pas… et qui laisse à entendre qu’il faut, selon le juré, participer plusieurs fois pour briller aux Démiurges. Cela reste du domaine de la responsabilité du juré. Et de plus, en faisant cela, le juré peut rester cohérent avec lui-même. Comparer les notations, comparer les commentaires, les soupeser, les décortiquer, cela relève du pur capillotractage. Un juré n’a pas à être cohérent par rapport aux autres, mais par rapport à lui-même. Néanmoins, je pense qu’accepter de faire partie du jury des Démiurges, c’est aussi faire preuve de politesse et de respect pour les auteurs et leur création.
La faute (si faute il y a) ne peut, de toute façon, pas en incomber ni aux organisateurs, ni aux jurés qui ont fait leur job en leur âme et conscience en noircissant 7 pages (les 6 critères + une page de commentaires généraux). L’auteur qui se sent lésé (à juste titre à mon humble avis) doit se tourner idéalement vers ce juré (souvent le même…) et lui poser la question. Remettre en cause les bases du concours semblait plus facile à ces auteurs vindicatifs, convaincus (à tort, dans ce cas-ci) de leur bon droit.
Notons que la plupart du temps, ces jurés un peu laxistes, fainéants ou expéditifs, ne participaient pas aux discussions sur les forums, lieux d’échanges parfois transformés en rings de boxe.
Je m’arrêterai là. Même s’il y a encore beaucoup à dire.
Bien sûr, les règles peuvent être améliorées, elles ne sont pas parfaites, qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit. Par exemple, les jurés ne se rencontrent jamais pour débattre ouvertement et oralement des créations et expliquer leurs notations (quitte à être amenés à les reviser). Ils ne sont pas obligés de venir se faire lapider électroniquement sur les forums dédiés. Ils ne peuvent pas vraiment être exclus. Ils ne sont pas tenus de se montrer prolixes dans leurs commentaires, ni même de lire un certain nombre de jeux. Notons à ce sujet, que plusieurs auteurs ont commencé à mettre leur œuvre à disposition de toutes et tous via les forums de Forgesonges dédiés aux Démiurges, et que peu de personnes (en ce compris les plus vindicatifs) se bousculent pour lire et rendre commentaires et fiches de notation. À ce rythme-là, le gagnant du concours serait connu en 2013, et encore ! Comme quoi, ce n’est pas si évident que cela de gérer un concours et de le mener à bien dans des délais raisonnables, et que ceux qui prétendent faire mieux, ou laver plus blanc, auraient bien fait de réfléchir avant de se targuer de résultats et de qualités que l’observateur lambda tarde à voir se matérialiser. La rapidité d’exécution a un prix. C’est moche, mais c’est comme ça.
Qui plus est, ces règles sont connues de toutes et de tous avant le concours. Et les règles sont les règles, dura lex sed lex. On n’a rien inventé de mieux sur le sujet depuis l’Antiquité. Et on n’en change pas pendant le concours. Celui qui ne veut pas être jugé, et livrer la 8è merveille du monde (SA 8è merveille du monde) en pâture à d’infâmes béotiens, comme de la confiture à des cochons, eh bien, je lui suggère de ne pas concourir. Ou alors d’arrêter de se regarder le nombril en se matant dans un miroir et de considérer sa création avec autre chose que les yeux de Chimène pour Rodrigue. Je n’ai jamais vu de jury (même d’embauche) rendre facilement des verdicts sans taches.
Prenons un exemple. Moi… J’ai eu la chance et la surprise de gagner un des principaux concours de nouvelles de la Communauté française (de Belgique), sur 650 textes et avec un jury composé de professionnels, dont des écrivains. Ensuite, j’ai concouru dans un petit concours, mon texte avait reçu les encouragements de beaucoup de personnes, et je me suis ramassé comme une grosse merde, même pas dans les prix, alors qu’on en distribuait une petite dizaine sur 22 textes envoyés… La claque ? Que non. Même pas mal, je me suis reboosté et j’ai repris la plume.
Que les auteurs déçus par les Démiurges fassent de même.
Les organisateurs ont fait un boulot de dingue. Ce concours a sa place dans le paysage rôlistique francophone. Le meilleur jeu a gagné, de l’avis unanime. Même si (à mon avis) ce n’est pas le plus stimulant, le plus punchy, cela reste le mieux ficelé et celui qui remplit le mieux les critères. Est-ce le jeu de l’avenir ? Celui qui va relancer l’industrie du JdR, ainsi que certains auteurs considèrent leur jeu ? Je ne pense pas que cela soit la mission des Démiurges. Il faut recadrer le concours pour ce qu’il est. Un bel exercice d’émulation, d’échanges, de stimulation rôliste, une façon de se filer des coups de pieds au Q, et de produire un résultat, qui sera retravaillé ensuite.
Les jurés ont fait un gros boulot. Pour la plupart. Et ce n’est pas rien.
Les auteurs ont produit 32 jeux intéressants. Certains n’avaient rien à faire dans le concours. Car le thème y avait été intégré aux forceps, avec un chausse-pied « gros ça comme ». Mais ce sont de vrais bons jeux. Il y a peu de vrais ratés.
Je conclurai que les Démiurges ne sont pas l’unique sésame qui ouvre les portes de la gloire. Un jeu doit être testé, retesté, encore et encore, analysé, relu, réécrit, corrigé, pour aboutir à une forme acceptable et jouable. Ce n’est pas encore le cas des jeux produits dans les Démiurges.
Je m’en voudrais de vous abandonner sans avoir produit quelques statistiques… La moyenne de mes notations, sur les 22 jeux lus pour le concours (dont un a été exclu pour plagiat, copier-coller), est de 18,81/30, allant de 9/30 à 28/30. Finalement, c’est pour l’originalité que je suis le plus indulgent, avec une moyenne de 3,81/5. Et pour la jouabilité que je suis le plus dur, 2,76/5. Normal, direz-vous, comment peut-on juger de la jouabilité sans… jouer, précisément ! Je répondrai en deux temps. D’une part, c’est beaucoup plus facile que vous ne le croyez. Et d’autre part, le critère a trait à la qualité du scénario et à toute une série de points assez clairs, point n’est besoin de tester le jeu pour jauger. Par contre, on repère assez bien les jeux qui ont été testés avant l’envoi. Viennent ensuite le respect du thème 2,95/5, la note d’intention et le pitch 3,00/5. Technique et qualité littéraire se retrouvent tous deux à 3,14/5. J’ai collé 10 fois la note de 1/5, et 18 fois la note de 5/5.
Sur ce, je vais me reposer et je vous dis à l’année prochaine, pour les Démiurges VI, et à la semaine prochaine, pour d’autres réflexions, que j’espère plus inspirées.


Travaillez votre motivation

 

Seconde contribution préparatoire au concours des Démiurges en herbe V, lancé par ForgeSonges. Bla bla bla… tout ceci n’engage évidemment que moi.

Commençons par une anecdote.

J’ai passé beaucoup de temps à la même table qu’un personnage haut en couleur du folklore rôlistique liégeois. Sa silhouette voûtée, son dandinement mâtin, son fidèle compagnon canin, ses exclamations de joie et son accueil chaleureux et sincère sont légendaires, et rayonnent bien plus loin que la rue Saint-Gilles où il a élu domicile.

Bref, cet ami, que je nommerai François G., partageait, comme joueur ou meneur de jeu la quasi totalité des parties de jeux de rôle auxquelles je m’adonnais alors.

Vingt-cinq ans après les faits, et il y a sans doute prescription, il va me servir pour ma démonstration.

Le cadre : AD&D. Nous étions un sémillant groupe d’aventuriers que la ribaude ne rébarbait pas et qui ne rechignaient pas à la tâche. Or, donc, de passage dans un village quelconque, il apparaît que les gens sont gais et enjoués comme des culs-de-basse-fosse. Nous nous enquérons. Et l’histoire d’une tour se matérialisant tous les 1000 ans (ou quelque chose comme ça) nous est contée. La demeure d’un magicien, assurément. Sans doute emplie de moult trésors, comme il se doit.

Le sang du groupe ne fait qu’un tour. De tout le groupe ? Non, car il restait un irréductible aventurier qui n’avait pas été frappé par l’esprit d’aventure.

Nous nous mettons en route vers l’endroit où la tour magique était susceptible d’apparaître. Et au troisième top, bingo, la voilà qui surgit de nulle part, majestueuse et imposante, toute de pierre et de torchis, de tuiles et de chêne, construite.

Nous nous apprêtons. Nous fourbissons nos armes. Nous avançons d’un pas résolu et conquérant (histoire de montrer que nous n’avions pas peur et des fois qu’on nous materait de la tour) vers l’inconnu. Tiens, pour la peine, j’aurais pu mettre une majuscule à « inconnu ».

C’est à ce moment-là que nous avons entendu un « eh les gars, moi je vais garder les montures »…

François G., car c’est de lui dont il s’agit, devant la tour, ne se sentait pas transporté d’enthousiasme et préférait passer les 1000 prochaines années à nous attendre, se décatir, pourrir, dessécher, et redevenir poussière. Avec nos montures. Au moins, elles seraient bien gardées…

Impossible de lui faire entendre « raison ». De le persuader que ne pas entrer, cela signifiait qu’il ne faisait plus partie du groupe. Etc.

Il a pris les choses très philosophiquement. A rendu sa feuille au meneur. S’est levé et nous a souhaité une bonne aventure. Ce qu’elle ne fut pas, d’ailleurs, mais cela, c’est une autre histoire.

Nous, bêtement, nous avons un peu rigolé à table. Nous nous sommes aussi regardés, un peu interloqués.

La morale de c’t’histoire, c’est que François G. traversait une sale passe personnelle et que jouer ne lui disait rien, car cela ne faisait pas écho en lui.

Mais j’ai beaucoup réfléchi à tout cela. Et j’ai fini par trouver qu’il avait raison et que nous aurions dû faire demi-tour et nous en aller.

Bien sûr, nous savions que le scénario était là, dans la tour magique. Et que notre « devoir » de joueur était d’y entrer.

Mais « c’est un peu court, jeune homme » comme dirait Cyrano de Bergerac.

Des aventuriers, c’est bien connu, cela fonce dans la première aventure qui leur tend les bras. Ben tiens, c’est sûr. Cela ne fait pas un pli.

Je vous vois ricaner derrière votre écran. Je vous parle d’un « temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître », c’est clair. Détrompez-vous. Lors des Démiurges IV, j’ai été amené à lire pas loin d’une vingtaine de jeux, sinon davantage. La mémoire me fait défaut.

Et dans plus de la moitié d’entre eux (que dis-je trois quarts bien frappés), rien, niets, nada, nothing, sur l’implication des personnages-joueurs dans l’univers et le déroulement des aventures, leur rôle, leur positionnement… On décrit les aléas, les systèmes, les méchants (très très méchants, comme il se doit). Mais rien sur la motivation des personnages. Et même, les méchants sont décrits en long et en large, mais (de nouveau) leur motivation est peu fouillée. Ils sont méchants. Les personnages-joueurs sont là, alors le jeu doit rouler tout seul. On plonge la main dans le bol à chips, on sirote son soda et on lance quelques dés. Et c’est le bonheur, somme toute.

Comme si tout coulait de source.

Évidemment, il y a cet éternel prérequis : le joueur est là pour jouer. Et pour tirer les grosses ficelles tendues par le meneur dans le scénario. On l’a tous fait. Et on le fera encore. C’est reposant. Confortable.

Mais cela ne coûte pas grand-chose au meneur de chercher des motifs, des éléments pour intégrer les personnages. Durant les quelques années où j’ai suivi des ateliers d’écriture, la question de l’animatrice revenait comme un leitmotiv à la fin de chaque lecture de textes. Quelle est la motivation des personnages ? Et là, cela n’incombe pas qu’au joueur. Le meneur doit aussi se fouler. A fortiori quand il pond un jeu.

Bons Démiurges V.


A vos crayons !

 Oui, à vos crayons. À vos plumes d’oie. À vos claviers. À vos Remington portatives chères à Gainsbourg.

Bref, choisissez vite votre « arme » d’écriture et plongez sur le bloc-notes le plus proche. Les Démiurges V vont bientôt débuter.

Kèzako ?

Les Démiurges, lancés par ForgeSonges, doivent être un des principaux concours d’écriture de jeux de rôle. Quinze jours pour écrire son jeu de rôle et marquer de son indélébile empreinte l’univers de son hobby préféré. Rien que cela. Le règlement est ici…

http://www.forgesonges.org/index.php?option=com_content&view=article&id=130&Itemid=69

Qui suis-je d’ailleurs ? Où courge, dans quel étagère. Bonne question. Je suis secrétaire de rédaction de Jeux d’Ombres, un e-zine qui essaie de promouvoir le jeu de rôle amateur. Promouvoir ? Amateur ? Secrétaire ? Cela fait effectivement beaucoup de concepts que je vais laisser de côté pour aujourd’hui.

Ce qui m’amène est davantage lié au concours des Démiurges en herbe, 5è édition. Comme indiqué sur le site de ForgeSonges, « Le thème sera révélé le dimanche 17 avril à 20h, heure de Paris ». Il se clôture donc le 1er mai (fête du travail et du stress pour les rôlistes qui participeront). Et Jeux d’Ombres est partenaire (si, si, Impératrice, le logo de l’e-zine figure sur l’affiche). Et par conséquent, je figure au rang des jurés.

Ne comptez pas sur moi pour dévoiler le thème, et même si vous ne me croyez pas, je peux vous dire que je l’ignore.

Mon propos est autre. Signalons d’emblée que tout ce qui suit est ma vision des choses et ne peut constituer une vision officielle, ni de Jeux d’Ombres et encore moins des Demiurges en herbe.

Objectivement, il est impossible d’écrire un jeu de rôle en 15 jours. Donc, on peut considérer, c’est mon avis en tout cas, que le créateur recycle ou adapte quelque chose qui se trouve dans ses tiroirs pour se conformer au thème (au moins de manière lointaine) et participer au concours. C’est à tout le moins le cas pour le système de jeu, la technique. Je n’ai pas vraiment de conseil à donner, mais il est clair que le système (ou une grande partie d’icelui) doit préexister au concours. Mais plaquer un système tout fait sur un thème précis peut se révéler hasardeux ou manquer d’homogénéité. Il est donc utile d’adapter le système afin qu’il intègre le plus largement possible le thème. Les meilleurs jeux actuels contiennent cette dimension. La mécanique de jeu n’est pas dissociée de l’univers.

Sur les quinze jours impartis, et en considérant que le système de jeu est déjà écrit, je dirai que cinq jours pour rabibocher le thème à la mécanique de jeu, ce n’est pas du luxe.

La gestion du thème… Grosse question. Faut-il y coller coûte que coûte, à 100% ou l’aborder de manière large et parfois subliminale… il faut bien le reconnaître. Pour avoir été juré l’an dernier, je dois bien avouer que je suis laxiste en ce qui concerne l’intégration du thème à 100%. Tant que l’esprit y est, je pense que le jeu est éligible.

L’intérêt, à mon avis, réside dans le potentiel du jeu proposé. Évidemment, il y a des critères d’évaluation, et la jouabilité immédiate et le potentiel commercial en font partie. Mais je reste très attaché aux jeux qui possèdent une étincelle, une brillance, une âme. Ces jeux trouveront, à mon avis, davantage de public et d’échos que les jeux « bien foutus » techniquement mais dans lesquels on cherchera en vain une vie intérieure.

Si on compte qu’il reste 10 jours, 8 seront idéalement consacrés à trouver l’idée qui percute. Le concept, l’élément qui manque aux autres jeux existant et qui fera du projet, ZE projet, ZE jeu que tout le monde attend. J’exagère, œuf corse, disons que ces 8 jours serviront à doter l’univers dans lequel s’inscrit le projet de ce petit supplément d’âme qui donnera au lecteur envie de jouer.

L’an dernier, cela n’est pas arrivé tant de fois que cela. Deux ou trois fois, je dirai. Ce n’est déjà pas si mal.

Refaisons le compte… 5 plus 8, font 13. Eh oui, il faut compter une journée pour le faire relire. Par un bon pote, le genre avec lequel on ne peut pas se brouiller. L’ami de toujours. Celui qui va vous dire vos quatre vérités et donner une VRAIE opinion sur votre œuvre. Et vu que c’est votre ami, et réciproquement, vous prendrez son avis pour argent comptant et vous obtempérerez. Le dernier jours sera consacré aux corrections, à l’infographie et à l’orthographe.

Ah oui, l’infographie… pas besoin d’être un artiste. Du copier-coller de dessins ou de photos, d’images… cela peut déjà donner quelque chose d’unique. Le tout est de tailler son projet en veillant à l’homogénéité. Cela ne sert à rien de mettre de belles polices de caractères illisibles ou de mettre des trucs en gothique, parce que vous aimez cette police-là, tout en développant un jeu futuriste… Ne rigolez pas, j’ai vu pire.

Inspirez-vous de la mise en page d’un jeu qui vous plaît. Ou d’un jeu qui se rapproche du vôtre. OK, le vôtre est unique et meilleur que ce qui existe. Mais vous m’avez compris.

Reste l’orthographe… Là, autant je peux être indulgent pour toute une série de choses et de critères, autant je dois avouer que, pour ce qui est de la grammaire, de la syntaxe et de la langue française, que dis-je ! de la Langue française, on touche à l’intouchable, à l’incommensurable, au sacré…

Faites un effort, que diable. Le dictionnaire, cela existe. Les correcteurs, aussi. Je ne parle pas de quelques mots, de virgules volages, de phrases un peu bancales. J’ai eu à me pencher sur des textes tellement mal fagotés que l’on ne comprenait qu’à grand peine le propose de l’auteur. Les difficultés de lecture étaient tellement considérables que nous nous fatiguions rien qu’à essayer de lire le français. Autant dire qu’il est alors très difficile d’avoir un avis neutre et objectif sur l’œuvre…

Un dernier mot… ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Nicolas Boileau. C’est pas beau de dénoncer ses petits camarades, surtout qu’il n’est plus là pour se défendre, et n’a jamais dû participer aux Démiurges en herbe. Mais il a raison. Alors, vu que je vais devoir lire et évaluer pas loin de 20 jeux… ne faites pas trop long.

Bonne m…