Jouer avec des "casual gamers"

Souvenez-vous, il n’y a pas si longtemps nous analysions ici même les différents types de joueurs et les motivations qui les poussent à revenir partie après partie à votre table. La dernière catégorie était le casual gamer, celui qui joue plus pour passer un bon moment entre amis en grignotant des chips que pour être le moteur de l’histoire. Et bien figurez-vous que l’un de mes groupes n’est constitué que de ce genre de joueurs. Oh bien sûr ils ont des tendances vers l’un ou l’autre type, mais ce sont principalement des casual. Cela implique différentes choses dans ma manière de gérer la table. Je m’en vais partager ici cette expérience avec vous.

Choisir le jeu

Boromir

Première caractéristique du casual gamer: il n’aime pas les règles compliquées. Il n’aime pas non plus les univers trop compliqués, les trucs alambiqués dans lesquels le rôliste moyen prend son pied. Exit donc les jeux tels que L5A ou Shadowrun, à la fois trop techniques dans leurs règles et trop riches dans leur background. D’autres exemples de jeux difficiles à placer à une table de casual gamers: Bloodlust Metal, surtout pour le système de jeu dont je ne pense que du bien, mais qui reste trop compliqué pour quelqu’un qui ne s’y investit pas ; Nephilim, ici par contre pour la trop grande richesse de l’univers de jeu ; et à la limite D&D, bien qu’un récent essai me fasse douter. En étant didactique, il y a sans doute moyen de jouer au grand ancêtre à condition de ne pas proposer le prêtre, le druide, le magicien ou le barde au plus casual des casual gamers.

À l’inverse, plusieurs jeux sont assez simples (entendons-nous bien, simples, pas simplistes) pour que la pillule passe facilement: Kuro a magnifiquement fonctionné, les règles n’étant pas trop complexes et l’univers horrifique facile à transmettre. Vermine s’est révélé idéal pour l’initiation, Les Mille Marches fonctionnent à merveille, INS/MV est passé sans problème, et nous terminons notre première campagne de Guildes sans le moindre soucis (même si ici j’ai du être très pédagogue pour expliquer l’univers de jeu). Sans les avoir essayés avec ce groupe, des jeux tels que l’Appel de Cthulhu ou Humanydyne devraient bien fonctionner aussi.

Maîtriser la complexité du scénario

Tout MJ rêve de faire jouer la Campagne Impériale, les Masques de Nyarlathotep, l’Assemblée du Seuil ou la campagne de COPS. Mais avec un groupe de casual gamers, ce ne sont sas doute pas de bon choix. D’abord parce que ce genre de groupe se réunit au mieux une fois par mois, et qu’il perd facilement le fil de la campagne. Ensuite parce que si vous les perdez dans une intrigue alambiquée avec de nombreuses pistes à suivre, vous les perdez pour de bon. Vous serez en effet amenés à passer plus de temps à expliquer ce qui se passe et à rappeler qui est ce PNJ rencontré il y a trois parties qu’à animer la partie. Enfin parce qu’ils sont plus enclins à suivre un bon gros fil rouge qu’à explorer de nombreuses pistes et différents arcs narratifs.

PatrickLe conseil ce serait de rester sur des one-shots ou des scénarios qui ne prennent pas plus de 5 ou 6 parties pour être démêlés. Quitte à en enchaîner plusieurs qui n’ont qu’un lien ténu pour donner le sentiment d’une campagne de longue haleine sans mettre en péril le plaisir du jeu parce que tout le monde a oublié cet événement fondamental qui s’est passé il y a 18 mois. Bref, keep it simple stupid (kiss), de toute façon ils ajoutent la complexité eux-mêmes.

Ne pas être trop exigeants

En tant que MJ, vous rêvez de joueurs impliqués, qui construisent une vraie personnalité pour leur personnage, qui écrivent 5 pages pour vous en expliquer l’incroyable historique, qui pondent son journal intime, qui vous aident à écrire les résumés des parties, et qui en plus amènent de la bière trappiste lors des parties. Sauf pour la bière, n’espérez rien de tout ça de vos casual gamers. En dehors des parties, pour eux, le jeu n’existe pas. Ils ne l’évoquent pas quand ils se croisent au boulot ou à l’école, ils ne relisent les résumés que vous devez écrire que si vous les encouragez harcelez, et en plus ils oublient les règles d’une partie à l’autre. Ils ne se souviennent pas toujours des PNJ les plus importants de votre scénario, ils oublient même parfois la composition de leur propre groupe. Mince, certains n’ont même pas de dés !

Quelle plaie me direz-vous. La solution vient de vous cependant. En dehors de faire preuve de votre plus impressionnante pédagogie pour atténuer ces "défauts", vous devez d’abord réaliser un travail sur vous-même et éviter d’en espérer trop. Si vous êtes conscients de la composition du groupe, que vous savez ce que vous pouvez en attendre et ce qui est trop pour eux, vous éviterez déception et frustration. Ensuite, il est encore possible, avec le temps, de transformer les casual en hardcore gamers, mais cette transformation est rare.

User de pédagogie

Le casual gamer oublie tout de partie en partie. Qu’à cela ne tienne, aidez-le à se souvenir. Ecrivez des résumés courts et simples de l’intrigue du scénario. Utilisez des visuels pour mettre un visage sur le nom des PNJ. L’utilisation d’un blog est une belle solution, qui vous permet en plus de renvoyer les articles pertinents aux joueurs avant chaque partie (ne doutez pas de l’efficacité de la messagerie Facebook…). Pendant la partie ne soyez pas trop pesants sur l’univers. Si un joueur oublie systématiquement qu’il y a deux soleils sur Cosme, à quoi bon s’énerver. C’est à vous d’instiller cette info dans son esprit dans vos dialogues et descriptions ("rendez-vous au lever des Feux-du-Ciel"), plutôt que de lui faire une remarque s’il parle du soleil.

Pareil avec les règles. Oui, ça peut être énervant de devoir rappeler comment on lance les dés lors à chaque test (oui, vous avez bien lu "chaque test"). Ici aussi, soyez pédagogue, didactique et sympa. De toute façon l’attitude inverse ne fonctionnera pas. Généralement, dans un groupe de casual gamers, il y en a toujours l’un ou l’autre un peu moins rebutés par les règles et les dés. utilisez-les comme relais. Pensez donc à les placer intelligemment à table pour qu’ils puissent à leur tour expliquer comment lancer les dés pendant que vous vous concentrez sur autre chose.

Lancer la partie en douceur

Vous êtes le genre de MJ qui arrive à la partie, déballe son matériel vite fait, et tandis qu’il déploie son écran, en ayant à peine esquissé un "bonjour", se lance dans la description de la situation initiale? Ça risque de ne pas passer avec les casual gamers. Rappelez-vous, vous vous réunissez mensuellement (au mieux). Certains se voient entre les parties, d’autres pas. Quoi qu’il en soit ils ont des choses à se dire. La dernière blague de mauvais goût sur les enfants et les épinards, la dernière connerie de leur chef au boulot, la dernière bagarre dans la cour de l’école, la prochaine trilogie Star Wars (n’essayez pas, en général le casual gamer ne sait pas qui est Boba Fett), ou quoi que ce soit d’autre. Tentez de couper court au discussions, et vous vous exposez à deux choses: les joueurs entrent dans la partie avec des pieds de plomb, et les anecdotes ressortiront plus tard, au plus mauvais moment, quand votre grand méchant entame son rituel qui réveillera les forces du mal. Bref, laissez faire, et gentiment remettez le jeu de rôle au centre de l’attention. Je vous conseille même de participer aux discussions, afin qu’ils vous voient vous, le MJ, comme un mec comme les autres, plutôt que comme un type à part un peu différent d’eux.

Ne terminez pas trop tard

Le rôliste hyper motivé, même fatigué, peut jouer jusqu’à 4 heures du matin si la partie le porte. Le casual gamer, à 23h00, ses paupières sont lourdes, il voit son nombre d’heures de sommeil auquel il aura droit avant de se lever demain diminuer, et il commence à ne plus suivre. Ne poussez pas le bouchon. Mieux vaut une partie courte où tout le monde a compris ce qui se passe plutôt que deux heures de plus pendant lesquelles vous n’allez plus jouer qu’avec les plus motivés et où vous aurez perdu tous les autres. Dans mon groupe, dès qu’il est 22h30, je réfléchis au meilleur endroit où terminer la partie, de préférence sur un bon cliffhanger, et je m’arrange pour que cette fin arrive dans les 30 à 45 minutes qui suivent. Il arrive que je le sente plus en forme, auquel cas je peux pousser un peu, mais c’est plutôt rare.

Une dernière mise au point

On pourrait croire à la lecture de l’article que les casual gamers sont des rôlistes "mineurs", peu intéressants pour un MJ. Que nenni non point ! Mes parties avec ce groupe me procurent un immense plaisir. Les efforts que je dois déployer pour qu’ils apprécient de jouer font de mois un meilleur MJ. Et si le trait est un peu grossi dans l’article, je dois tout de même les remercier parce que tout fonctionne à merveille. Et puis, le groupe tient depuis quelques années maintenant. Et même les plus casual d’entre eux reviennent à chaque partie. Ce sont donc bien de vrais rôlistes, authentiques, de cette race de bons rôlistes qui chassent la galinette cendrée…

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Et vous, avez-vous à votre table l’un ou l’autre casual gamer ? Comment les gérez-vous ? Avez-vous réussi à en transformer un en hardcore gamer ? Dites-nous tout en commentaire !

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12 responses to “Jouer avec des "casual gamers"

  • yoda

    Serais-je une casual qui s’ignore ? Il me faut d’innombrables séances pour que les règles s’impriment (sauf bien entendu celles que je n’utilisent que très rarement), je pique du nez à 23h (et avant d’avoir un bébé, c’était entre minuit et 1h), et j’aime bien bavarder avec les autres joueurs avant le début de la partie (ou pendant).
    Pourtant, j’ai écrit des pages et des pages de résumé, et je tiens un blog sur le jeu de rôle dont j’ai écrit la plupart des articles… et puis je suis MJ !

  • FENRIR

    Je partage en totalité ce point de vue !

  • quirevientdeloin

    Hello !
    Ton article me donne envie de remonter une table avec mes "casual gamers" que je ne vois plus trop.
    Penses-tu que Pirates soit une bonne porte d’entrée ?

  • maedhros909

    Très bon article !
    Pour avoir fait pas mal d’initiation je comprends la plupart des trucs et tu résumes bien les choses en donnant de bons conseils.
    Après on peut en tant que MJ les aider, avec des petites fiches de BG à compléter qui font que même les débutants arrivent souvent à faire quelque chose d’assez solide pour ne pas être ridicule.
    D&D par contre marche assez bien en init, il suffit de pas être trop regardant sur la magie et 2-3 autres trucs. Idem pour Cthulhu où là je te rejoins c’ets plutôt facile du moment que les joueurs aiment l’enquête et que le MJ ne s’enfonce pas dans un contexte qui nécessiterait la lecture des livres.
    Dans les impossibles aux débutants y’a Ars Magica aussi !

    • Etienne Goos

      En effet pour D&D j’ai un doute. j’ai fait un essai et ça a pas trop mal pris. Mais tout le monde était niveau 1. Qu’en serait-il avec la montée de niveau et les nouvelles capacités, sorts, etc. qui viennent avec, je l’ignore. Je pense de toute façon qu’il y a demande de mon groupe, donc je pourrai faire un petit article détaille sur "D&D et les casual gamers" dans quelques temps.

      Merci de me lire en tout cas.

    • maedhros909

      Bah après D&D c’est assez facile de monter ses perso. Par exemple je mettais mes prétirés nivo 4 et pas nivo 1 pour que les joueurs est un peu plus d’options dispo.
      C’est un peu plus dure d’optimiser son perso à fond (mais est ce vraiment le but pour un perso d’être opti à fond?).
      Mais le plus dure en général avec les débutants c’est qu’ils ne savent pas ce qu’ils veulent ! Un guerrier peut être joué de 15façon différentes, deux armes, arc, bourrin, bouclier etc. Idem pour les rôdeurs et bien sur encore pire avec les écoles de magie et les sorts! Il faut donc leur expliquer en amont les possibilités, décrire les races et les classes !
      En plus de ça pour DD c’est simple, mais pour certains autre jeu il faut aussi présenter l’univers et le BG. Par exemple faire une initiation Dark Heresy à quelqu’un qui a jamais entendu parler de Warhammer40k est une chose assez complexe.

      Moi j’ai fais un article assez complet sur la définition des JDR. J’en prépare un sur "quel jeu pour quels joueurs / et style de jeux" qui parlera sans doute un peu de tout ça aussi ; Et un autre sur le jargon rôlistique.

  • Bison Ailé

    Bon sujet, bien traité : bravo ! On voit pas mal de joueurs occasionnels, quand on joue à Tunnels & Trolls comme moi : celles et ceux qui jouent en principe à d’autres JDR, et bien sûr les néophytes complets. T & T, dont les règles de jeu sont simples et l’univers est minimaliste, se prête bien aux parties courtes sans prise de tête. Des joueurs occasionnels qui se sont pris au jeu, oui, j’en connais. Ils apprécient de retrouver leur personnage et de pouvoir jouer sans être de grands connaisseurs, mais je pense qu’ils aiment retrouver un groupe sympa de gens qui ne se prennent pas trop au sérieux :-)

    • Etienne Goos

      Merci beaucoup! Effectivement même les casual gamers se prennent au jeu (ils reviennent chaque mois finalement), mais clairement prendre tout ça trop au sérieux est un bon moyen pour les faire fuir.

  • Ehran

    très bon article avec des conseils judicieux, bien que je ne suis pas tout à fait daccord avec le choix des jeux pour les casual gamers…
    Pour répondre à ta question, j’avais de manière régulière à ma table une casual de chez casual gameuse que je surnomais "l’éternelle débutante" car à chaque partie il fallait tout ré-expliquer, de l’univers aux règles, la partie précédente, les PJs, les PNJs etc… mais on aimait bien l’avoir à la table…
    Un conseil que je donnerais est de faire attention au mix casual/hardcore à la table, c’est vraiment une question de personalié et hors de question de dire "100% casual" ou "100% hardcore" car ce serait discriminant, mais il faut analyser ses joueurs, certains harcore ne supportent pas de jouer avec des casual qui ralentissent le jeux, certains casuals sont trop intimidés par certains hardcore, et d’autres s’entendent à merveille…

    • Etienne Goos

      On est d’accord. Aucune intention ici de discréminer, juste un retour d’expérience de plusieurs années avec un groupe 100% casual. Mais c’est sûr, un hardcore gamer qui débarquerait à la table, ça ne serait ni bien pour lui, ni pour le shabitués.

    • Tonytotonytard

      Amusant ! j’ai eu ce flaw "d’eternel débutant" avec un propension à oublier systématiquement les règles de jets de dés quelques soit le jeux (et même avec les mémos du mj) malgré mes nombreuses heures de jdr et type de jeux. J’ai découvert que c’était mon coté Role qui était plus développé que le coté Play.

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